Photo : La Presse Canadienne/Peter McCabeQuelques jours avant le déclenchement des élections, les Québécois ont pu voir les équipes péquistes s’activer à préparer les autobus encore chauds de la campagne bloquiste. Ils ont pu aussi entendre le premier ministre Jean Charest s’en moquer.
Pourtant, le Parti québécois (PQ) aurait volontiers, comme bien des Québécois, reporté le voyage électoral de quelques mois.
Devenu deuxième opposition en mars 2007, le parti fondé par René Lévesque a obtenu 36 députés, son plus faible appui populaire avec moins de 29 % des voix.
Le parti a surtout perdu des circonscriptions dans les régions centrales, comme la Mauricie, le Centre-du-Québec, Lanaudière et les Laurentides, où il a été doublé par l’Action démocratique du Québec (ADQ). Le PQ a aussi poursuivi, en 2007, la dégringolade amorcée en 2003 dans les deux grandes régions de Québec, soit la Capitale-Nationale et Chaudière-Appalaches.
Le vote péquiste est demeuré stable dans l’est de Montréal et dans le Québec des régions éloignées, comme l’Abitibi, le Saguenay ou la Gaspésie.
Pour le parti de Pauline Marois, le défi de l’automne est de reconquérir les circonscriptions perdues aux mains de l’ADQ, mais aussi de rallier la majorité d’un vote francophone moins homogène depuis l’apparition de tiers partis, comme Québec solidaire ou le Parti vert. C’est essentiel pour former l’opposition officielle.
Pour former un gouvernement, le PQ devra aussi se tailler une place dans des régions comme la Montérégie, où l’ADQ et le PLQ (Parti libéral du Québec) ont fait mieux que lui en 2007.
Le PQ possède de bons appuis dans les régions périphériques comme l’Abitibi, la Gaspésie et le Saguenay. Outre la présence d’un électorat majoritaire favorable à la souveraineté, les politiques interventionnistes du parti ont eu l’heur de plaire. Il n’est donc pas anodin que le PQ soit le seul des trois grands partis à s’engager à maintenir les crédits d’impôt pour les régions ressources.
C’est toutefois une arme à double tranchant, puisque ces crédits déplaisent fortement dans certaines régions exclues du programme, comme Chaudière-Appalaches. C’est d’ailleurs pourquoi le PQ concentre son action en région sur une décentralisation en fonction de la capacité et de la volonté des territoires de se gouverner. Le PQ veut ainsi répondre aux demandes des municipalités du Québec en leur promettant des redevances, soit des fonds autonomes gérés par des instances régionales(lire notre nouvelle). Ces discours sont porteurs dans des régions comme le Saguenay-Lac-Saint-Jean et la Côte-Nord.
Dans les régions forestières, où la base militante est toujours efficace et bien structurée, le PQ pourrait aussi profiter d’un vote de déception envers la gestion libérale de la crise forestière (lire notre nouvelle). Les fermetures et les inquiétudes sont multiples. De plus, les nombreux nouveaux chômeurs sont souvent âgés, sans diplôme et difficiles à réintégrer dans d’autres secteurs d’activité.
Dans la foulée du scandale de la listériose, la destruction de tonnes de fromage au cours de l’été a aussi laissé des traces dans les esprits, malgré les promesses de compensation du PLQ (lire la nouvelle). Il faudra voir si le PQ saura matérialiser le mécontentement des fromagers et la sympathie du public en votes réels et tangibles.
Dans ces deux cas, pour profiter du mécontentement, malgré la désaffection des électeurs envers la campagne, le Parti québécois pourra compter sur son organisation pour convaincre les électeurs de voter et, s'il y a lieu, les aider à se rendre à leur bureau de vote le jour J. Plus malmenée que celle des libéraux au cours des dernières années, l’organisation militante du parti en région est souvent plus solide que celle de l’ADQ. Cette organisation pourra faire la différence dans la douzaine de circonscriptions du cœur du Québec et de la grande couronne montréalaise où le PQ est arrivé bon deuxième derrière l’ADQ en 2007, comme Joliette, Terrebonne, Deux-Montagnes, Johnson ou Saint-Hyacinthe.
Le PQ peut aussi compter, dans certaines circonscriptions, sur l’aide des bénévoles du Bloc québécois. Par contre, dans d’autres, les militants sont les même et ils en sont à leur deuxième campagne en moins de trois mois.
Jusqu’à maintenant, différents sondages accordent une légère avance au PQ dans les intentions de vote des francophones, ce qui lui confère un net avantage dans les régions. Toutefois, la mobilisation incertaine de l’électorat envers le scrutin met en relief l’importante proportion de gens dont le choix n’est pas encore cristallisé. En 2007, plusieurs des électeurs indécis ont, en région, choisi l’ADQ. (lire notre nouvelle)
Après deux changements à la direction du Parti québécois en moins de deux ans et deux élections en moins de 18 mois, les coffres sont vides et le parti doit se reconstituer. Dans certaines régions, notamment dans Chaudière-Appalaches et dans la Capitale-Nationale, qui rassemblent 20 circonscriptions, l’organisation du parti est à rebâtir. (lire notre nouvelle)
L’option indépendantiste n’est plus l’élément porteur qui permettait au parti de rassembler des Québécois de toutes tendances politiques. Selon la plupart des sondages réalisés depuis le référendum de 1995, l’appui à la souveraineté varie entre 40 % et 45 %, ce qui est beaucoup plus que l’appui au Parti québécois lors des derniers scrutins (29 % en 2007). Cet écart s’explique principalement parce qu’une partie des électeurs souverainistes ne votent pas pour le PQ.
Depuis l’apparition de l’ADQ en 1994, le parti n’est plus seul sur le terrain des revendications identitaires. Selon un sondage de Léger Marketing réalisé en juin 2007, 17 % des adéquistes se disaient souverainistes. À gauche, Québec solidaire courtise aussi les électeurs indépendantistes. Cette division du vote souverainiste prend une proportion plus importante pour le PQ, dans un contexte où il a choisi de ne pas s’engager à tenir de référendum s’il est porté au pouvoir.
Même s’il demeure souverainiste, le parti doit se trouver une nouvelle base mobilisatrice aussi porteuse que celle de la souveraineté (lire notre nouvelle).
La percée de tiers partis, notamment dans des circonscriptions de la région montréalaise, ne serait pas une bonne chose pour le PQ. Les programmes des partis séduisent un électorat qui lui est normalement acquis. Grignoté à droite par l’ADQ, qui recrute les souverainistes conservateurs, à gauche par les environnementalistes et les partisans de Québec solidaire (lire notre nouvelle), puis critiqué par l’aile dure des indépendantistes (lire notre nouvelle), le PQ peine à maintenir la coalition d’intérêts à l’origine de sa fondation (lire notre nouvelle). En témoignent les ratés au départ de la campagne du parti.
Pour séduire les régions du Québec, le parti de Pauline Marois met l’accent sur l’occupation du vaste territoire québécois ainsi que sur une réforme des institutions de gouvernance régionale. Le PQ a aussi retenu la leçon de la diversité. « Fini le mur à mur », a d’ailleurs lancé Pauline Marois lors de sa conférence de presse sur sa plateforme régionale (lire notre nouvelle).
Sylvain Gaudreault, député sortant de Jonquière et porte-parole du PQ dans le dossier régions
Pour Sylvain Gaudreault, député sortant de Jonquière et porte-parole de son parti sur la question des régions, il est clair que son parti répond aux demandes des élus régionaux en mettant l’accent sur la décentralisation et l’autonomie régionale. « C’est au cœur de notre stratégie en région. […] Sur la question de la décentralisation, c’est une option très claire. Il faudra voir comment aménager dans les modalités », souligne M. Gaudreault.
Lors de leur élection en 2003, les libéraux avaient revu les structures de gouvernance régionale. Les péquistes veulent faire de même en misant sur l’élection des préfets des MRC au suffrage universel. « Ce que je sens de la part des MRC, c’est qu’elles sont attirées et intéressées à avoir plus de responsabilités en développement économique », soutient M. Gaudreault. Dans les circonscriptions plus urbaines, le PQ entend donner un rôle plus important aux agglomérations urbaines. Sylvain Gaudreault ne nie pas que le rôle et la constitution des conférences régionales des élus (CRE) pourraient encore être modifiés pour y inclure des membres de la société civile.
« Ça fait très longtemps que les régions ressources comme la Côte-Nord, l’Abitibi, le Saguenay-Lac-Saint-Jean réclament des redevances en vertu des ressources naturelles qui sont puisées à même leur territoire. Il y a un pas important fait en ce sens. […] Il faut être capable de soutenir la diversification économique par un fonds géré localement », selon Sylvain Gaudreault. Pour séduire les régions, le PQ compte aussi beaucoup sur la création d’un fonds régional d’investissement de 500 millions de dollars en trois ans.
Cela peut sembler bien peu en comparaison des 3,5 milliards que le PQ promet d’investir pour développer le transport collectif à Montréal. Sylvain Gaudreault rétorque que les mesures de transport du PQ sont pour tous les Québécois. « La vision d’un parti qui aspire à former le gouvernement doit aller sur le long terme. On est très conscients que tout le Québec doit travailler pour briser notre dépendance au pétrole, et le premier chantier que cela touche, c’est le transport. C’est pour ça que comme vision nationale, et là-dessus qu’on soit en Gaspésie, au Saguenay, en plein centre-ville de Montréal ou dans le 450, on y adhère à cette politique d’avoir des réseaux de transports verts, alternatifs, collectifs, beaucoup plus adaptés », explique le porte-parole du PQ.
Enfin, le parti promet aussi d’adopter un nouveau régime forestier d’ici juin 2009. « On ne veut pas réinventer la roue », admet Sylvain Gaudreault. Le PQ entend miser sur les consensus déjà existants et sur le travail déjà effectué par les libéraux pour y parvenir.