Enjeux

Économie : Affronter la tempête

La crise financière américaine s’est finalement métamorphosée en crise économique. Avec les États-Unis en récession, le Québec se retrouve face à une situation qu’il n’a pas créée, mais qu’il n’a pas le choix d’affronter.

C’est que l’économie québécoise, très intégrée à celle des États-Unis depuis l’ALENA, réagit au moindre de ses frémissements. Or, la récession risque fort d’influer sur la demande américaine des biens et services destinés à l’exportation. Notre prospérité future en dépend. Quant à la richesse passée, accumulée au fil des ans, elle est aussi menacée.

Ce n’est pas un hasard si la question des finances de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) a pris une si grande place dans la campagne électorale québécoise.

Principal bas de laine des épargnants québécois, géant mondial dans son domaine, cette caisse de retraite, qui fait fructifier nos avoirs accumulés sur les marchés boursiers, risque fort de payer elle aussi le prix de la cupidité des acteurs financiers américains, à l’origine de la crise financière. Il y aura des pertes.

Au même moment, une crise se poursuit dans les secteurs manufacturier et forestier du Québec, avec ses dizaines de milliers de mises à pied au cours des dernières années… et des perspectives d’avenir peu reluisantes.

C’est dans un tel contexte qu’un futur gouvernement devra gouverner et trouver les mesures adéquates pour redresser la situation, dans la mesure des moyens que lui offrent ses leviers provinciaux.

Rien d’étonnant, alors, à ce que cette double tourmente, à la fois économique et financière, ait jusqu’ici dominé toute la campagne, éclipsant les autres enjeux.

Le déclenchement précipité d’élections, si peu de temps après le scrutin fédéral, n’aurait d’ailleurs pas eu d’autre motif que celui de mieux l’affronter, selon le premier ministre sortant Jean Charest. Car dans ces circonstances, plaide-t-il depuis le début, seul un gouvernement majoritaire peut être à la hauteur.

Les appels de l’opposition, péquiste et adéquiste, à se concentrer sur la gouvernance plutôt qu’à déclencher des élections ont été vains. Ses promesses de collaboration pour affronter la crise, rejetées. « L’économie d’abord », comme le veut le slogan libéral, ne peut être réalité que si l’on met fin à l’expérience minoritaire.

Depuis, la chef péquiste Pauline Marois se demande si le premier ministre, incapable de boucler le budget de l'État, voulait « se dépêcher d'aller en élections avant l'avalanche de mauvaises nouvelles », et Mario Dumont de renchérir sur ce thème, pressant Jean Charest de dévoiler la situation financière de la Caisse de dépôt et placement.

Culture et nation

Enjeu dominant de presque toutes les campagnes électorales depuis les années 1970, la question nationale, celle de la place du Québec au sein du Canada, a été réduite à peu de chose dans les dernières années. Au Parti libéral, refroidi par l’échec de l’accord du lac Meech qui avait ouvert la voie au référendum de 1995, on évite d’éveiller à nouveau l’ours constitutionnel qui dort. « Le fruit n’est pas mûr », rappelle-t-on à tout propos, et on remet donc à plus tard des négociations constitutionnelles qui pourraient faire basculer dans le camp du Québec certaines compétences jusqu’ici fédérales.

Au Parti québécois, l’échec des efforts à raviver la flamme souverainiste après le référendum a eu pour principale conséquence de renvoyer aux calendes grecques l'espoir d’un troisième référendum. Reste le discours sur la souveraineté, en attendant.

À l’ADQ, on défend toujours « une troisième voie », l’autonomie, qui, pour sa mise en œuvre, se heurte au même problème que celui rencontré par les autres partis: le refus d’Ottawa de céder une partie de ses pouvoirs qui pourrait lui donner une réalité.

Reste cette lueur: la culture. La décision du gouvernement de Stephen Harper d’abolir deux programmes de financement de projets culturels, en mobilisant contre elle une bonne partie de l’opinion publique, a eu l’effet de ramener à l’avant-scène une revendication historique du Québec: la souveraineté culturelle.

La mainmise sur la culture et les communications a été une des principales revendications adressées à Ottawa par l’ancien premier ministre libéral Robert Bourassa dans les années 1970. Mais c’est la version diluée de cette revendication, défendue en vain dans les années 1980, toujours par Robert Bourassa, qu’a choisi de reprendre à son compte Jean Charest, en pleine campagne fédérale, puis lors de ces élections.

Ce que réclame le premier ministre sortant, c’est la maîtrise d’œuvre des investissements culturels du fédéral sur son territoire, qu’il estime pouvoir obtenir par l’entremise d’un accord de gestion Québec-Ottawa, donc en faisant l’économie d’un amendement constitutionnel. Reste à convaincre Ottawa d’ouvrir des négociations.

Le Parti québécois n’a pas hésité à prendre la balle au bond et à y aller d’exigences plus proches de sa tradition souverainiste. Le 20 novembre dernier, Pauline Marois a fait savoir qu’un éventuel gouvernement du PQ exigerait d'Ottawa tous les pouvoirs, les budgets et les fonctionnaires associés à la culture et aux communications.

Québec se retrouverait ainsi à mettre sur pied ses propres institutions, reflets de Téléfilm Canada, du Conseil des arts ou du CRTC, ce qui n’est pas dans les plans de Jean Charest. Les économies d’échelles espérées seraient investies dans la culture.

De son côté, Mario Dumont, le chef de l'Action démocratique du Québec, réagit positivement au plan de son adversaire péquiste. Il est d'accord avec Pauline Marois au sujet du rapatriement d'Ottawa de tous les pouvoirs et de tous les budgets destinés aux milieux culturels du Québec.

La santé sur la pointe des pieds

La santé, en termes de budget, accapare la part du lion, depuis que le Québec a embrassé, dans les années 1960, la philosophie de l’État-providence. Il en est de même pour l’esprit des Québécois. Et, jusqu’à récemment, pas une campagne politique ne se déroulait sans que les partis ne se lancent dans une surenchère de promesses sur une réduction du temps d’attente aux urgences et de la longueur des listes d’attente pour les chirurgies.

En 2003, Jean Charest triomphe dans les urnes au terme d’une campagne dont le cœur aura été sa promesse de mettre fin aux attentes. Selon la vérification effectuée par Radio-Canada, le temps d'attente moyen sur une civière, aux urgences, est passé d’une moyenne de 16,5 heures, en 2003, à 16,6 heures en 2008.

C’est un indicateur, parmi d’autres, qui donne une idée de l’ampleur du défi en santé. La population vieillit, les technologies médicales et la médication s’améliorent sans cesse. Aussi l’État, qui ne cesse pourtant de hausser les sommes investies en santé, n’arrive pas à suivre le rythme.

Cet état de fait, bien connu des partis politiques, a d’ailleurs amené un temps libéraux et adéquistes à embrasser l’idée d’un rôle accru pour le privé en santé. Après quelques gestes modestes concernant l’exécution par le privé de certaines chirurgies, en réaction au jugement Chaoulli, les libéraux au pouvoir ont mis un frein à leurs projets initiaux. Désormais, seule l’ADQ milite encore ouvertement pour ouvrir davantage la porte aux cliniques privées.

Revenus de leurs promesses passées, les partis semblent cette fois faire preuve d’une modestie de ton inédite. Mis à part les piques que se lancent libéraux et péquistes sur leur bilan passé respectif, la principale promesse de cette présente campagne a été de multiplier, dans les prochaines années, le nombre de groupes de médecine familiale. Ce changement de ton peut toutefois aussi s’expliquer par la place prise par la question économique, dominée elle-même par la question du seul leadership.

En fait, le caractère précipité des élections et l’état d’inquiétude suscité par la double tourmente financière et économique ne semblent pas avoir permis aux différents partis de transformer des éléments de leurs programmes en véritables débats de société. Et la crise politique à Ottawa ne fait rien pour arranger les choses.

À tout le moins sont ressorties les promesses péquistes et libérales de réduire le nombre d’élèves par classe, un coup de pouce que le réseau public attend depuis des années pour lutter contre le décrochage scolaire (et dont la faisabilité reste à prouver, en raison de son coût).

L’environnement, pour sa part, est le grand absent de cette campagne électorale. Pour l’essentiel, il est présent au travers de la question du développement du transport en commun. Il est vrai que les différents partis en lice, qui tous embrassent le protocole de Kyoto, ne bénéficient plus de l'intérêt pour l'environnement dans la population qui primait il y a encore un an.

 

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