Combien coûte une élection?

La démocratie n'a pas de prix. Pourtant, s'il est vrai que les Québécois sont prêts à investir ce qu'il faut pour assurer la santé de la leur, il y a un coût bien réel lié à la tenue d'une élection, l'exercice démocratique suprême.

Celle qui est en cours coûtera d'ailleurs plus cher que la précédente, soit environ 83 millions de dollars, alors que les élections précédentes, qui ne remontent pourtant qu’à 2007, gouvernement minoritaire oblige, ont coûté quelque 74 millions de dollars. Ce chiffre était déjà de 30 % supérieur à celui du scrutin précédent, soit 58 millions, en 2003, indique le directeur général des élections du Québec (DGE).

Par rapport au scrutin de l’année, celui de 2008 verra pour sa part une augmentation de 12 % des coûts, selon les prévisions d’Élections Québec. En cinq ans, le coût des élections au Québec aura augmenté de plus de 40 %.

Le coût global des six élections (provinciales et fédérales) auxquelles les Québécois auront participé depuis 2003 aura franchi le seuil du milliard de dollars à l’issue du présent scrutin.

Un porte-parole d’Élections Canada explique que les changements législatifs apportés entre 2006 et 2008 se traduisent par une augmentation des frais liés au scrutin. Trois projets de loi sont venus modifier le processus électoral, imposant entre autres des contraintes au moment du vote, qui nécessite plus de personnel. On a aussi augmenté le nombre de jours de vote par anticipation, pour contrer la baisse du taux de participation.

Cela s'explique aussi et surtout par l'augmentation du salaire des travailleurs des élections et de ceux de toute la fonction publique, augmentation à laquelle s'ajoutent les montants accordés aux travailleuses en vertu du règlement sur l'équité salariale.

Trois grands postes budgétaires représentent presque 90 % des dépenses électorales du DGE. Il s'agit, outre la main d'oeuvre qui compte pour près de 60 % des dépenses, du remboursement de certaines dépenses électorales aux candidats et aux partis, ainsi que des sommes consenties à l'information des électeurs.

Les travailleurs des élections

C'est une armée d'environ 100  000 personnes qui assurera cette année, dans toutes les circonscriptions du Québec, les fonctions nécessaires au bon déroulement de l'élection.

Il s'agit de préposés à la liste électorale, de scrutateurs, de membres de la table de vérification, de préposés à la saisie et de directeurs de scrutin, notamment.

En 2007, leurs salaires totalisaient plus de 45 millions de dollars, une enveloppe de 50 % supérieure à ce qu'elle était en 2003.

À titre d'exemple, en 2007, les salaires horaires des scrutateurs et des agents réviseurs passaient d'environ 10,50 $ à environ 15,50 $. Celui des préposés à la liste électorale, de moins de 8 $ à environ 12,50 $.

Ces augmentations salariales peuvent paraître importantes, mais elles visent à éviter les importants problèmes de recrutement rencontrés par Élections Québec entre 2003 et 2007.

Autres dépenses

Autre élément important dans la hausse des coûts au Québec, celui dit des « transports et communications », qui augmentent quasiment du tiers pour se chiffrer à tout près de dix millions de dollars.

Les remboursements de dépenses aux candidats et aux partis, en un peu plus d’un an, passeront pour leur part de 12 à 16 millions, Québec remboursant dorénavant la moitié des dépenses des candidats qui ont obtenu au moins 15 % des votes, jusqu’à un niveau de 1,15 $ par électeur, soit 2 ¢ de plus qu’en 2007. En ce qui concerne les partis, ceux-ci pourront être remboursés pour la moitié de leurs dépenses jusqu’à un niveau de 0,67 $ par électeur, soit 1 ¢ de plus qu’en 2007.

Un suspense qui a son prix

Dans notre système électoral, le premier ministre a le privilège de décider du moment de dissoudre l'Assemblée nationale et de déclencher des élections.

Il s'agit d'un avantage politique certain pour le chef du gouvernement sortant, dont ont profité tous les premiers ministres de l'histoire. Cela dit, ce suspense a un prix, le DGE étant tenu dans l'incertitude. On a offert des formations aux travailleurs d'élection, l'an dernier, en prévision d'un possible scrutin automnal. On doit recommencer l'exercice pour rafraîchir la mémoire des préposés, ce qui implique de nouvelles dépenses importantes.

Pour éviter ces dédoublements et réduire le coût des élections, le directeur général des élections propose d'introduire au Québec la tenue d'élections à date fixe, un choix qu'ont déjà fait l'Ontario, Terre-Neuve et la Colombie-Britannique.

Voilà pour ce que coûte une élection aux citoyens. Bien sûr, l'exercice entraîne aussi de grandes dépenses pour les partis politiques - des dépenses encadrées et contrôlées par le directeur général des élections, en vertu de la Loi électorale québécoise.

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