Action démocratique du Québec

État des lieux

Photo : La Presse Canadienne/Graham Hugues

À la surprise générale, une vague adéquiste a déferlé sur plusieurs régions de la province lors des dernières élections. De 4 députés en 2003 l'Action démocratique du Québec (ADQ) est passée à 41 en 2007, devenant par le fait même l'opposition officielle à l'Assemblée nationale.

Les électeurs des régions situées en périphérie de Montréal, comme les Laurentides et la Montérégie, et des régions centrales, dont le Centre-du-Québec, Lanaudière, Chaudière-Appalaches et la Capitale-Nationale, ont majoritairement appuyé l'ADQ.

En contrepartie, les troupes adéquistes n'ont réalisé que quelques maigres gains dans les régions ressources. S'ils ont fait bonne figure en Mauricie, dans l'ensemble des autres régions ressources, seule la circonscription de Rivière-du-Loup, le fief de Mario Dumont, demeure un château fort adéquiste. Pire encore, l'ADQ n'a fait élire aucun candidat à Montréal et à Laval.

Les percées réalisées par l'Action démocratique s'expliquent notamment par le fait que le discours sur l'identité, la réduction de la taille de l'État et l'aide octroyée à la classe moyenne a séduit une grande partie de l'électorat francophone. Un peu fatigués des « vieux » partis, ces électeurs ont vu dans l'ADQ, en 2007, une formation politique qui incarnait le changement et qui se disait plus à l'écoute des besoins des familles et des travailleurs.

Forces de l'ADQ en région

Pour espérer prendre le pouvoir, les troupes de Mario Dumont devront, en plus de conserver leurs acquis, accroître leur présence en Estrie et dans les sections nord et sud de la couronne de Montréal, où elles ont terminé au second rang dans une dizaine de circonscriptions.

Pour ce faire, l'ADQ courtise les jeunes familles grâce à des mesures novatrices, comme celle de verser 100 $ par semaine à chaque enfant de moins de 5 ans qui n'a pas accès aux services de garde subventionnés. Cet engagement ne peut que plaire aux parents qui demandent au gouvernement de leur laisser le choix d'élever leurs jeunes enfants à la maison ou de les confier à un service de garde. Le parti a d'ailleurs remporté la victoire en 2007 dans plusieurs circonscriptions, dont Blainville, La Prairie et Chutes-de-la-Chaudière, où le nombre de jeunes familles est élevé (lire notre nouvelle).

Par ailleurs, l'ADQ sait habilement tirer profit de thèmes qui jouissent d'un fort consensus social, comme la sécurité publique. En suggérant d'embaucher 400 nouveaux policiers et de durcir les peines pour les récidivistes de l'alcool au volant, les adéquistes renforcent le sentiment de sécurité des résidents de nombreuses localités. En effet, ces derniers réclament une présence policière accrue dans leur secteur depuis l'intégration des services de police municipaux à ceux de la Sûreté du Québec (lire notre nouvelles).

Les adéquistes espèrent aussi accroître leurs gains en région en promettant la mise en place de diverses mesures pour décentraliser le pouvoir. L'idée de créer des fonds d'autonomie régionaux devrait notamment être bien accueillie en Mauricie et en Estrie, où les maires de Shawinigan et de Magog réclament plus de ressources financières pour diversifier leur économie.

Les mesures proposées par l'ADQ pour freiner l'hémorragie dans l'industrie forestière devraient aussi interpeller les électeurs de certaines régions, comme le Saguenay-Lac-Saint-Jean et l'Abitibi-Témiscamingue, qui sont durement touchées par le ralentissement de l'économie. L'appui donné par Mario Dumont aux travailleurs d'AbitibiBowater et de la scierie Dion dans la circonscription de Portneuf, qui ont vivement critiqué les libéraux, pourrait aussi trouvé écho auprès d'une partie de la population.

Faiblesses de l'ADQ en région

L'essoufflement du débat identitaire, qui a été le principal cheval de bataille de l'ADQ lors des dernières élections, constitue une faiblesse du parti dans les régions. En effet, en se positionnant rapidement contre les accommodements jugés déraisonnables, Mario Dumont s'est imposé, aux yeux de l'électorat francophone, comme le défenseur des valeurs et de l'identité québécoises. Cette position a d'ailleurs contribué au succès de l'ADQ en Mauricie lors des dernières élections. Les troupes de Mario Dumont ont mis la main sur quatre des cinq circonscriptions de la région, qui s'est retrouvée au coeur du débat sur les accommodements religieux en raison du code de vie décrété par la municipalité d'Hérouxville (lire notre nouvelle).

La tenue de la commission Bouchard-Taylor a toutefois contribué à estomper le débat sur la question identitaire. Le chef de l'ADQ a tenté de ramener ce thème à l'avant-scène au début de la campagne électorale en proposant de décréter un moratoire sur le nouveau cours d'éthique et de culture religieuse (lire notre nouvelle). Or, cette mesure a soulevé l'ire de certains intervenants du milieu de l'éducation, dont la Centrale des syndicats du Québec (lire notre nouvelle). De plus, ce discours est mal reçu dans les circonscriptions montréalaises où la présence des communautés culturelles est plus marquée. L'ADQ a d'ailleurs recueilli moins de 20 % des votes dans la majorité des circonscriptions de la métropole en 2007.

Le désintérêt d'une majorité d'électeurs pour la présente campagne électorale jumelé à l'augmentation du taux de satisfaction envers le gouvernement libéral de Jean Charest pourrait également faire perdre des sièges à l'ADQ. Selon les données recueillies par les chercheurs Pierre Drouilly et Pierre Alain Cotnoir, parmi les quelque 530 000 votes supplémentaires obtenus par l'ADQ en 2007, près de 290 000 provenaient d'électeurs qui avaient délaissé le Parti libéral et 120 000, d'abstentionnistes. Ces chiffres permettent de croire que des circonscriptions comme Trois-Rivières, Montmagny-L'Islet et Maskinongé, où l'ADQ l'avait emporté par quelques milliers de voix seulement sur le PLQ, pourraient cette fois-ci lui échapper. Le principal défi des troupes de Mario Dumont consiste donc à mobiliser l'électorat volatil et à convaincre les Québécois qui sont toujours insatisfaits du Parti libéral qu'ils représentent le meilleur choix pour former le prochain gouvernement (lire notre nouvelle).

Par ailleurs, une organisation politique défaillante dans certaines régions apparaît comme une épine au pied de l'Action démocratique. Cette situation est particulièrement visible en Outaouais, à Montréal et dans l'Est du Québec, où l'ADQ est peu visible et présente plusieurs candidats qui proviennent d'une autre région. C'est le cas dans Hull, où la candidate adéquiste est une résidente des Laurentides et dans les Îles-de-la-Madeleine, où le parti est représenté par un mécanicien de Rivière-du-Loup. L'ADQ ne dispose également que d'une poignée de bénévoles et de moyens financiers restreints dans Chapleau, où elle tente de faire élire Gilles Taillon, le numéro deux du parti (lire notre nouvelle).

L'engagement de l'Action démocratique de diminuer les structures bureaucratiques pourrait aussi se transformer en une arme à double tranchant. Cette mesure devrait encore une fois charmer les travailleurs de la classe moyenne qui déplorent la lourdeur de la machine étatique. Or, elle pourrait aussi déplaire aux électeurs de circonscriptions comme Gaspé, Chicoutimi et Rouyn-Noranda-Témiscamingue, où le nombre d'emplois reliés à l'administration publique est plus élevé que la moyenne provinciale. L'idée de revoir le rôle de l'État risque également d'être mal reçue dans un contexte de crise économique, où l'aide du gouvernement provincial est plus que jamais réclamée (lire notre nouvelle).

Propositions de l'ADQ pour les régions

Dans sa plateforme électorale, l'Action démocratique propose de créer un fonds d'autonomie pour chaque région afin de permettre aux entreprises d'avoir plus facilement accès à un capital de risque. Ces fonds seraient en partie financés par les redevances sur les ressources naturelles et gérés par les décideurs régionaux, comme les MRC ou les conférences régionales des élus. Selon le porte-parole de l'ADQ en matière de régions, Claude Roy, cette mesure s'inscrit dans le désir du parti de décentraliser le pouvoir et de donner plus de ressources aux régions. « Il faut absolument que les régions soient autonomes et puissent décider de leurs propres enjeux », plaide le député sortant de Montmagny-L'Islet.

Claude Roy, député sortant de Beauce-Sud et porte-parole de son parti dans le dossier régions

Dans la même optique, les adéquistes s'engagent à transférer des responsabilités en transport, en tourisme, en santé et en éducation vers les régions s'ils sont portés au pouvoir. Ce transfert passerait notamment par la réduction des structures bureaucratiques, comme les agences de santé et les commissions scolaires, pour affecter les ressources directement dans les régions. Pour Claude Roy, les acteurs régionaux doivent avoir les ressources pour combler adéquatement leurs besoins. « Ce que l'on veut, c'est être moins dépendant des régions centrales et arrêter, quand on fait un programme, que ce soit mur à mur. C'est toujours mur à mur en fonction de Québec ou de Montréal, et ça ne peut pas marcher pour la Gaspésie. Ça ne peut pas être la même chose pour la Côte-Nord. Dans tous les secteurs d'activité, on a tous des configurations géographiques différentes et on ne peut pas établir une loi centrale. »

Par ailleurs, l'ADQ souhaite modifier le programme d'aide aux régions ressources en se basant sur les recommandations du groupe de travail présidé par l'économiste Robert Gagné. Le parti propose notamment de remplacer le crédit d'impôt pour emplois par un crédit à l'investissement octroyé aux entreprises de toutes les régions. Ce crédit serait plus élevé pour les entreprises situées dans une région éloignée. La question est toutefois délicate au sein du parti. En effet, les candidats adéquistes de la région de Chaudière-Appalaches ont pris l'engagement d'abolir immédiatement l'aide aux régions ressources, en raison, disent-ils, des iniquités qu'elle crée entre les régions (lire notre nouvelle).

Faits saillants ADQ

  • 39 députés à l’issue du scrutin du 26 mars 2007, 37 à la dissolution de la Chambre
  • Au lendemain du scrutin de 2007, il n’y avait aucun élu de l’ADQ en Abitibi-Témiscamingue (0/3), dans le Nord-du-Québec (0/1), en Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine (0/4), en Outaouais (0/5), au Saguenay-Lac-Saint-Jean (0/5) et à Montréal (0/28).
  • L’ADQ détient la majorité des circonscriptions au Centre-du-Québec (3/4), dans Chaudière-Appalaches (7/8), dans Lanaudière (5/6), en Mauricie (soit 4/5 au scrutin de 2007) et dans la Capitale-Nationale (7/11).
  • Huit députés de l’ADQ ont été élus avec une majorité de moins de 2000 voix en 2007, dont deux députés par moins de 1000 voix.
  • La plus faible majorité est celle obtenue par Éric Charbonneau avec 177 voix dans Johnson (Estrie).
  • La majorité la plus élevée est celle obtenue par Marc Picard avec 16 760 voix dans Chutes-de-la-Chaudière (Chaudière-Appalaches).
  • L’ADQ est arrivée au deuxième rang dans 44 circonscriptions, dont 26 ont été remportées par le PLQ et 18 par le PQ.
  • Circonscriptions détenues par l'ADQ (2007)

    Bas-Saint-Laurent (1/4) Mario Dumont (ADQ) par un peu moins de 8000 voix sur le PLQ

    Capitale-Nationale (7/11) Chauveau:
    Gilles Taillon (ADQ) par plus de 13 000 voix sur le PLQ

    Charlesbourg:
    Catherine Morissette (ADQ) par plus de 6500 voix sur le PLQ

    Jean-Lesage:
    Jean-François Gosselin (ADQ) par plus de 3500 sur le PLQ (Michel Després)

    La Peltrie:
    Éric Caire (ADQ) avec près de 10 000 voix sur le PLQ

    Montmorency:
    Hubert Benoît (ADQ) par plus de 10 000 voix sur le PLQ

    Portneuf:
    Raymond Francoeur (ADQ) par moins de 5000 voix sur le PLQ

    Vanier:
    Sylvain Légaré (ADQ) par plus de 10 000 voix sur le PLQ

    Centre-du-Québec (3/4) Arthabaska::
    Jean-François Roux (ADQ) avec plus de 4000 voix sur le PLQ

    Drummond::
    Sébastien Schneeberger (ADQ) avec 2300 voix de plus que le PQ

    Nicolet-Yamaska::
    Éric Dorion (ADQ) avec plus de 3300 voix sur le PQ (PLQ à moins de 1000 voix du PQ)

    Chaudière-Appalaches (7/8) Beauce-Nord:
    Janvier Grondin (ADQ) par 11 000 voix sur le PLQ

    Beauce-Sud:
    Claude Morin (ADQ) par 9000 voix sur le PLQ

    Bellechasse:
    Jean Domingue (ADQ) par 3500 voix sur le PLQ

    Chutes-de-la-Chaudière:
    Marc Picard (ADQ) par près de 17 000 voix sur le PQ (PQ et PLQ quasi à égalité)

    Lévis:
    Christian Lévesque (ADQ) par plus de 7000 voix sur le PQ (Linda Goupil)

    Lotbinière:
    Sylvie Roy (ADQ) par près de 10 000 voix sur le PLQ

    Montmagny-L'Islet:
    Claude Roy (ADQ) par moins de 2000 voix sur le PLQ

    Estrie (1/5) Johnson:
    Éric Charbonneau (ADQ) par moins de 200 voix sur le PQ

    Lanaudière (5/6) Berthier:
    Francois Benjamin (ADQ) par moins de 3000 voix sur le PQ

    Joliette:
    Pascal Beaupré (ADQ) par moins de 800 voix sur le PQ

    L’Assomption:
    Éric Laporte (ADQ) par moins de 2200 voix sur le PQ

    Masson:
    Ginette Grandmont (ADQ) par 3400 voix sur le PQ

    Terrebonne:
    Jean-François Therrien (ADQ) par un peu plus de 2000 voix sur le PQ

    Laurentides (5/8) Blainville:
    Pierre Gingras (ADQ) avec environ 3500 voix sur le PQ (Richard Legendre)

    Deux-Montagnes:
    Lucie Leblanc (ADQ) avec environ 1200 voix sur le PQ

    Groulx:
    Linda Lapointe (ADQ) avec un peu plus de 3000 voix sur le PQ

    Mirabel:
    François Desrochers (ADQ) avec environ 3500 voix sur le PQ

    Prévost:
    Martin Camirand (ADQ) avec 800 voix sur le PQ

    Mauricie (4/5 en 2007 et 3/5 à la dissolution de la Chambre) Champlain:
    Pierre-Michel Auger (ADQ) par 5000 voix sur le PQ (M. Auger est passé au PLQ)

    Maskinongé:
    Jean Damphousse (ADQ) avec un peu plus de 4000 voix sur le PLQ (à égalité avec le PQ)

    Saint-Maurice:
    Robert Deschamps (ADQ) avec un peu moins de 1300 voix sur le PQ

    Trois-Rivières:
    Sébastien Proulx (ADQ) avec un peu plus de 2300 voix sur le PLQ (à égalité avec le PQ)

    Montérégie (8/21 aux élections de 2007, un député transfuge au PLQ depuis) Chambly:
    Richard Merlini (ADQ) par près de 4500 voix sur le PQ

    Huntingdon:
    Albert de Martin (ADQ) par plus de 4000 voix sur le PLQ

    Iberville:
    André Reidl (ADQ) par plus de 5000 voix sur le PQ (M. Reidl est passé au PLQ)

    La Prairie:
    Monique Roy-Verville (ADQ) par plus de 1300 voix sur le PQ (lutte à trois)

    Marguerite-D’Youville:
    Simon-Pierre Diamond (ADQ) par 2500 voix sur le PQ

    Saint-Hyacinthe:
    Claude L’Écuyer (ADQ) par moins de 1500 voix sur le PQ

    Saint-Jean:
    Lucille Méthé (ADQ) par 5000 voix sur le PQ

    Shefford:
    François Bonnardel (ADQ) par environ 6000 voix sur le PLQ
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