Le Québec de demain
![]() Photo: La Presse Canadienne /Jacques Boissinot |
À une question d'un citoyen qui s'inquiétait du déclin démographique du Québec et de la perte de son poids dans la fédération, les chefs ont eu des réponses différentes.
Pauline Marois a fait remarquer qu'il ne fallait pas se laisser leurrer par le concept de nation québécoise reconnue par Ottawa, car, selon elle, « cela ne signifie absolument rien ». La solution, a-t-elle ajouté, « c'est de faire notre pays, mais d'ici là, nous pouvons faire des batailles ensemble ».
Mario Dumont a parlé du problème de dénatalité et a soutenu que le Québec devait chercher des pouvoirs à Ottawa, quitte à rouvrir la Constitution.
Jean Charest s'est réjoui de l'augmentation du taux de natalité au Québec et a souligné que son gouvernement défend toujours les intérêts du Québec à Ottawa.
Il a accusé Mme Marois d'être liée au Bloc québécois et M. Dumont, aux conservateurs. Il n'en fallait pas plus pour provoquer des échanges animés, parfois acrimonieux.
Débat sur la réouverture de la Constitution
Développant sa pensée, la chef péquiste a proposé que le Québec récupère tous ses pouvoirs en matière de culture, rappelant sa position sur la souveraineté. Elle a tendu la main à son rival adéquiste pour arracher des acquis auprès du gouvernement fédéral, en forçant la réouverture de la Constitution.
Tout en convenant que cela correspondait aux positions de l'ADQ, Mario Dumont s'est interrogé sur la pertinence de faire front commun avec un parti qui, tout en réclamant plus de pouvoirs d'Ottawa, caresse toujours le projet de tenir un référendum.
Il faut clarifier cette histoire de référendum qui est plus que flou dans votre programme.
- Mario Dumont s'adressant à Pauline Marois
Mme Marois a souligné qu'il « faut avoir un rapport de force », ce que M. Charest n'a pas, selon elle. Et pour preuve, elle a indiqué que le chef libéral a « abandonné la souveraineté culturelle » du Québec.
La chef du Parti québécois a été catégorique: « Je ne me priverai pas de l'éventualité de tenir un référendum ».
Interrogé par M. Dumont sur le regain de criminalité et de contre-bande dans les réserves autochtones, Jean Charest a préféré, dans un premier temps, remarquer que les chefs péquiste et adéquiste viennent de s'entendre pour rouvrir le dossier constitutionnel.
« On fait face à une tempête économique, alors que tous les deux veulent une crise constitutionnelle », a-t-il lancé.
Mme Marois veut ajouter à la crise financière une crise constitutionnelle.
- Jean Charest
M. Charest a fini par répondre à la question initiale de M. Dumont, expliquant que son gouvernement avait réussi à augmenter le nombre d'amendes et d'interventions dans les réserves autochtones. Il a ajouté que la politique libérale en la matière est si efficace qu'elle a forcé l'admiration d'un député adéquiste.
Jean Charest s'en est ensuite pris à Mme Marois. « Vous voulez rouvrir la Constitution, moi je veux m'occuper de l'économie », a-t-il martelé.
Il a aussi rappelé les acquis obtenus par son gouvernement auprès d'Ottawa, comme l'entente sur la santé, le fédéralisme asymétrique, l'obtention d'un siège à l'UNESCO par le Québec, l'augmentation des transferts fédéraux, etc. Pour M. Charest, « il n'y a pas un gouvernement qui a réussi comme nous sans rouvrir la Constitution ».
J'ai les mains attachées au mouvement souverainiste.
- Pauline Marois
Pauline Marois a tenté de briser cet élan d'optimisme de son rival libéral, l'accusant, entre autres, d'avoir « négocié à rabais » l'entente sur le régime d'assurance parentale.
Elle a aussi essayé de dédramatiser la réouverture de la Constitution, estimant que M. Charest veut faire de ce dossier un « monstre innommable ». D'après Mme Marois, « on peut s'occuper en même temps de la Constitution et de la crise ».
Protéger la culture québécoise
Par ailleurs, les trois chefs ont été d'accord pour souligner l'importance de promouvoir la culture québécoise.
Ils se sont tous gardés de prévoir des compressions dans ce domaine. Bien au contraire, Mario Dumont a dit vouloir investir dans l'art-étude. Moment rare du débat: il a vanté la promesse libérale de supprimer la TVQ sur les produits culturels québécois.
Pour M. Charest, il s'agit non seulement d'un créneau économique, mais aussi de « notre identité, une valeur fondamentale ».
Pauline Marois a indiqué que la culture, qui est « l'âme d'un peuple », joue « un rôle très important » dans l'économie, en créant des emplois.
Quelle vision pour le Québec de demain?
Rebâtir les écoles, lutter contre le décrochage scolaire, aider les enseignants, remettre de la rigueur dans le système éducatif, reboiser le Québec, sont autant de priorités énumérées par le chef de l'ADQ.
Pour Pauline Marois, il faudra investir dans l'éducation et les familles, « c'est le projet le plus mobilisateur ». Il s'agit aussi de travailler pour avoir des écoles moins surchargées, et promouvoir la culture et la langue québécoise, vivre et travailler en français. « Bâtir le Québec passe par la souveraineté », a-t-elle conclu.
Jean Charest a parlé de ses projets d'ouverture de nouveaux espaces d'échanges économiques, comme l'entente sur la mobilité de la main-d'oeuvre entre la France et le Québec, le projet en gestation sur le libre-échange entre le Canada et l'Europe, l'ouverture du Grand Nord. « Je veux bâtir la stature du Québec dans le monde », a-t-il résumé.