Santé, mission sociale et rôle de l'État

Des échanges au scalpel

Mise à jour le mardi 25 novembre 2008 à 23 h 52
Les trois chefs et l'animateur, Stéphan Bureau, autour de la table

Entamant les échanges avec une question d'une Montréalaise qui s'interrogeait sur la pertinence de déclencher des élections hâtives, Pauline Marois est passée d'emblée à l'attaque, accusant Jean Charest de ne pas écouter les citoyens, en dépit de la « main tendue » de l'opposition.

Le chef libéral s'en est défendu, rappelant que le PQ et l'ADQ avaient déjà tenté de défaire son gouvernement. Pour lui, l'incertitude actuelle requiert l'élection d'un gouvernement fort.

Autant Pauline Marois que Mario Dumont étaient d'accord pour dire que, les élections étant déclenchées, il faut se résoudre à voter pour sanctionner le gouvernement Charest.

Abordant le thème de la santé, les trois chefs ont eu des échanges vifs. Jean Charest a été la cible de tirs groupés sur son bilan en la matière. Ses adversaires péquiste et adéquiste lui ont surtout reproché de n'avoir rien fait pour diminuer les temps d'attente dans les hôpitaux, alors qu'il a fait de la santé sa priorité de campagne en 2003.

Répliquant aux attaques répétées, M. Charest a signifié à Mme Marois qu'elle était « mal placée » pour critiquer son bilan, rappelant la décision du gouvernement péquiste de mettre à la retraite 4000 infirmières et 1500 médecins en 1997.

« On vit encore avec les conséquences de cette décision », a martelé le chef libéral, qui a aussi rappelé les engagements de son parti, comme la formation de plus de médecins de famille et la mise en place de mesures incitatives en faveur des infirmières.

Irritée, Mme Marois est revenue à la charge pour rappeler à Jean Charest que cela fait presque six ans qu'il est au pouvoir et que, dès lors, il ne peut plus critiquer éternellement le gouvernement précédent.

Depuis le début de la campagne, M. Charest s'essuie les pieds sur moi. C'est son bilan qui est en cause.

- Pauline Marois

Pour sa part, Mario Dumont a accusé Jean Charest de ne pas avoir de solutions en santé. Il a plaidé pour un système de santé mixte, comme c'est le cas dans certains pays européens.

Le chef adéquiste a aussi reproché au premier ministre sortant de ne pas avoir agi pour améliorer la prise en charge sanitaire des enfants. Il a cité la situation difficile que vit présentement l'hôpital Sainte-Justine de Montréal.

De son côté, le chef libéral a invité M. Dumont à dire dans quels secteurs son parti comptait procéder à des coupes budgétaires de 2 milliards de dollars. Il l'a aussi accusé de vouloir priver les citoyens de médecins en voulant encourager le passage de ceux-ci dans le privé.

Mario Dumont s'en est défendu, expliquant que son parti visait à créer une complémentarité entre le public et le privé.

S'il y a quelqu'un qui fait peur aux Québécois, c'est vous [M. Dumont].

- Jean Charest

Les échanges qui ont suivi ont été particulièrement vifs entre les chefs libéral et péquiste. Mme Marois a qualifié le bilan libéral en santé de « fiasco », rappelant au passage la saga du projet du CHUM.

Invariablement, Jean Charest a rappelé la décision du gouvernement péquiste de mettre à la retraite des médecins et des infirmières. « Ça prend 10 minutes pour mettre à la porte un médecin et 10 ans pour le former », a-t-il lancé.

Il s'est aussi étonné que Mme Marois ne regrette pas cette décision.

« Je ne recommencerai pas », a répliqué une énième fois la chef péquiste, reprochant à M. Charest de ressortir « la même cassette ».

Ça fait six ans que vous [M. Charest] avez en main le pouvoir, les gens ne sont plus capables de tolérer que ça se détériore.

- Mario Dumont

Comment faciliter l'accès à un médecin de famille?

À cette interrogation d'un médecin, le chef libéral a répondu que la solution résidait dans la formation de plus de médecins et dans l'augmentation des groupes de médecins de famille.

Le chef adéquiste a parlé, lui aussi, de la formation de plus de médecins, mais aussi de leur rétention en leur offrant de meilleures conditions de travail. Il a également plaidé la création de coopératives de santé.

Pauline Marois a également préconisé la formation de plus de médecins de famille, en encourageant les étudiants en médecine à se spécialiser en la matière. Elle a promis aussi de meilleures conditions d'exercice professionnel.

Un salaire pour les aidants naturels?

Répondant à une question d'un citoyen qui proposait le versement d'un salaire aux personnes qui s'occupent d'un proche malade, Mario Dumont a indiqué que son parti envisageait de « donner un chèque pour les aidants naturels »

Jean Charest a rappelé que son gouvernement avait lancé un programme pour venir en aide aux aidants naturels et son parti compte aussi prolonger de 10 à 15 jours les congés sans solde pour permettre à des gens de s'occuper de leurs proches malades.

Outre les crédits d'impôt préconisés pour les aidants naturels, Pauline Marois a pour sa part dit vouloir encourager l'aide à domicile afin de soulager ces personnes.

Principaux engagements des trois partis en santé:

Parti libéral du Québec

  • Octroyer une prime annuelle de 3000 $ aux infirmières techniciennes et bachelières, et de 2000 $ aux infirmières auxiliaires pour leurs trois premières années d'exercice dans le réseau public;
  • Accorder un boni salarial de 8000 $ à la fin de chaque année de travail aux infirmières qui ont plus de 35 années de service et qui désirent demeurer actives;
  • Augmenter le nombre de groupes de médecine familiale de 178 à 300.


Action démocratique du Québec

  • Ouvrir davantage la porte aux cliniques privées pour appuyer le système public de santé;
  • Revoir en profondeur le nombre et la mission des agences régionales de santé afin que celles-ci deviennent les organismes responsables d'implanter, sur leur territoire, les stratégies émanant du ministère de la Santé et des Services sociaux et de veiller à l'atteinte des objectifs, et ce, en tant qu'acheteur de services auprès des établissements de santé;
  • Mettre en place un financement des établissements de santé basé sur la méthode du financement par épisode de soins (et non selon la méthode des budgets historiques).


Parti québécois

  • Valoriser la médecine de famille auprès des étudiants de médecine, en créant 150 nouveaux groupes;
  • Abroger les dispositions réglementaires de la loi 33 qui favorisent le développement des cliniques privées;
  • Freiner le développement d'assurance privée duplicative et fermer la porte à la mixité de la pratique médicale.



Equipe
© Société Radio-Canada. Tous droits réservés.