Petits partis

Avoir voix aux urnes

Mise à jour le samedi 22 novembre 2008 à 22 h 14

Un textede Florent Daudens

Une urne de vote

Photo: La Presse Canadienne /Jacques Boissinot

Depuis le 5 novembre, les électeurs du Québec voient les principaux partis politiques tenter de les séduire. Trois partis siègent à l'Assemblée nationale: le Parti libéral du Québec, l'Action démocratique du Québec et le Parti québécois. Québec solidaire et le Parti vert du Québec tentent, de leur côté, de se tailler une place dans le paysage électoral.

Mais derrière eux se trouvent 12 autres partis méconnus. Lors du dernier scrutin de mars 2007, ils ont récolté 0,13 % des voix - un peu plus que tous les indépendants cumulés. « Les gens sont étonnés d'apprendre qu'il y plus d'une quinzaine de partis au Québec », estime Jean-Pierre Beaud, professeur de science politique à l'UQAM. Et d'ajouter que, pourtant, les petits partis apportent des « idées fraîches ».

Fraîches peut-être, bigarrées à coup sûr. Afin de mieux connaître les connaître, Radio-Canada.ca vous propose un aperçu de leur programme. La liste définitive des candidats ne sera toutefois connue que le 22 novembre prochain.

Quel rôle pour les petits partis?

Bien que les petits partis récoltent des scores marginaux, ils occupent un rôle dans le système démocratique. Selon Jean-Pierre Beaud, ils permettent d'exprimer des « idées mal prises en charge par les principaux partis ». Il cite notamment l'expression de sensibilités religieuses ou d'idéologies extrêmes (de gauche ou de droite), d'idées « gênantes » pour les principaux partis, tout comme une forme de regret d'un temps passé, ou encore le simple fait d'entretenir un groupe pour le plaisir.

Il estime que leur probabilité d'être élu est faible, voire nulle. « La tendance à voter utile est très forte dans le système québécois uninominal à un tour », souligne-t-il. Néanmoins, « les petits partis sont à la politique ce que les sectes sont à la religion. Les grandes religions étaient au départ des sectes ». Du même souffle, il note que les petits partis ont « besoin d'émerger dans les grandes structures existantes » s'ils veulent devenir des « grands » partis.

Quant au manque de moyens des petits partis, M. Beaud se montre partagé: « Les gros partis se créent des conditions favorables, c'est vrai. Mais c'est un problème à peu près insoluble. Est-ce qu'on veut financer toute organisation politique? Et sur quels critères? ».

Il évoque aussi la possibilité d'une réforme du mode de scrutin pour introduire une dimension proportionnelle, ce qui pourrait donner plus de poids aux petits partis. « C'est un débat de société à mener », commente-t-il. Rappelons que, en 2006, le gouvernement a reporté l'adoption d'un nouveau mode de scrutin électoral mixte.

Affiliation Québec

Dirigé par Allen E. Nutik, ce parti « poursuit activement les intérêts et les pleins droits des Canadiens loyaux habitant au Québec », mentionne son site Internet. Il envisage une « partition du Québec si nécessaire, mais pas nécessairement partition (sic) ».

Dans une lettre ouverte publiée en 2007, son chef écrivait que ni l'ADQ ni les libéraux ne s'occupent des besoins des anglophones - sans évoquer le Parti québécois. Ce parti a été autorisé par le directeur général des élections du Québec (DGEQ) en janvier 2008.

Il ne présente toutefois aucun candidat lors de l'actuelle élection, étant donné qu'il « n'a pas assez d'argent, de ressources et d'infrastructures, pas plus qu'un soutien essentiel pour pouvoir espérer gagner ». Allen Nutik voulait se présenter dans la circonscription de Notre-Dame-de-Grâce.

Le Bloc Pot

Bloc pot

Depuis 1998, ce parti se concentre sur une chose, comme son nom l'indique: le cannabis. « Le Bloc Pot ne vise pas nécessairement à remporter les élections, il cherche à "enterrer" la prohibition et son système politique », peut-on lire sur le site Internet.

Avec à sa tête Hugo St-Onge, ce parti veut « démontrer le ridicule du spectacle politique », se revendiquant à ce chapitre du Parti rhino. « Il est facile et amusant d'être une personne socialement active et de mettre dans l'embarras les gestionnaires du Parlement. Lors des prochaines élections, agis audacieusement et enterre avec nous la prohibition et son système injuste en portant ta candidature! », écrit-il à l'intention des candidats potentiels.

En 2007, le Bloc Pot a présenté neuf candidats, qui ont reçu 1564 votes (soit 0,04 % des voix). Pour cette élection, aucun candidat ne briguera les suffrages. « Le Bloc Pot a choisi de délaisser les urnes pour réaliser un coup fumant qui ne manquera pas d'attirer davantage d'attention que les frisous de Jean Charest, les boucles d'oreilles de Pauline Marois ou le premier poil gris au menton de Mario Dumont », explique le représentant officiel du parti, David Fiset.

Mouvement Équité

Autorisé en avril 2008, ce parti est dirigé par Mostafa Ben Kirane. Ce dernier s'est présenté comme indépendant dans la circonscription de Laurier-Dorion au scrutin de 2007.

M. Ben Kirane veut promouvoir l'équité au Québec, comme l'indique le nom de son parti. Il estime que les partis actuels ne peuvent le faire. « Les nouveaux partis peuvent avoir un apport considérable à l'évolution de notre société et dissoudre un certain malaise », explique-t-il. Ce malaise est protéiforme, selon lui: crise d'identité, crise de communication avec les autres cultures, etc.

Le parti ne dispose pas de site Internet pour le moment. Il ne présentera aucun candidat aux élections de cette année. Son chef déplore d'ailleurs le manque de moyens dont disposent les petits partis.

Parti communiste du Québec

Parti communiste du Québec

À « 100 % derrière Québec solidaire », le Parti communiste y bénéficie d'un collectif dûment reconnu, selon lui. Selon le site du DGEQ, André Parizeau est le chef de ce parti.

Ce parti prône la nationalisation des moyens de production ou leur octroi à des comités de travailleurs. Selon la plate-forme du parti, « la marche vers le socialisme doit comporter une période de transition reliée aux réalités politiques et économiques. Notre proximité avec les États-Unis ne doit pas être prise à la légère et il faut s'attendre à des représailles économiques, de même qu'à un assaut massif de propagande de sa part et de son allié: la bourgeoisie canadienne ».

Au prix de réformes graduelles, ce parti espère assister « la naissance d'une société sans classe où, aidé par la technologie et l'abondance, chacun apportera sa contribution à sa manière et selon ses propres capacités. C'est à ce moment, après qu'elle eût enfin connu l'âge adulte, que l'humanité atteindra la maturité, la prospérité et la paix ».

Il pose l'indépendance comme « première condition nécessaire à l'émergence du socialisme », et ce, unilatéralement. Le Parti communiste n'a présenté aucun candidat lors des élections de 2007.

Parti démocratie chrétienne du Québec

« Parce que le christianisme rend la société juste et charitable! », le Parti démocratie chrétienne brigue les suffrages. Autorisé depuis le 15 mai 2002, il est dirigé par Malcom Tremblay.

Ce parti préconise une protection de l'être humain « dès la conception », en contradiction avec le droit canadien qui considère qu'un foetus est partie intégrante du corps de la mère tant qu'il n'est pas né. Il s'oppose à la réforme scolaire, veut séparer les filles et les garçons à l'école et instaurer une allocation pour un troisième enfant.

Au niveau économique, il prône la création d'une monnaie québécoise et le remboursement de la dette « en mode accéléré ».

Quant aux accommodements raisonnables, ce parti appliquerait la clause nonobstant pour bloquer l'application de la charte canadienne « chaque fois qu'elle attaquera les valeurs chrétiennes de la majorité ». Selon eux, l'identité du Québec est « française et chrétienne ».

Lors des élections de 2007, 12 candidats ont porté les couleurs de ce parti et 1548 électeurs ont voté pour eux (soit 0,04 % des votes). Pour cette élection, aucun candidat n'est inscrit.

Comment créer un parti politique

Un parti voulant « solliciter ou recueillir des contributions, contracter des emprunts ou encore effectuer des dépenses » doit obtenir une autorisation du DGEQ. « Le processus d'autorisation n'est pas contraignant et il n'a aucunement pour objet de contrôler ni même d'évaluer les programmes et les politiques du parti », affirme le DGEQ.

Pour ce faire, il doit réunir la signature d'au moins 100 membres « possédant la qualité d'électeur et favorables à la demande », et verser un dépôt de 500 $, remboursable lors de la production du premier rapport financier.

Un parti politique conserve son autorisation tant qu'il « acquitte ses factures dans un délai de six mois suivant leur réception, paie ses intérêts annuellement et produit les renseignements et les rapports prescrits selon la Loi électorale ».

Parti des immigrés du Québec

Autorisé le 4 avril 2008, il est dirigé par Samoila Pirau. Celui-ci s'est présenté aux dernières élections municipales à Montréal, avec comme principale préoccupation la sécurité des Montréalais. Il veut interdire complètement la présence des couteaux, des pistolets et des explosifs sur l'île de Montréal.

Le parti n'a déposé aucune candidature auprès du directeur général des élections.

Parti durable du Québec

Cette formation politique se définit comme un parti « de centre ». L'essentiel du programme porte sur les thèmes de la migration des jeunes, de la création de coopératives de solidarité dans la foresterie, de l'agroalimentaire, ainsi que sur le développement des biocarburants.

Autorisé depuis le 9 mai 2008 par le DGEQ, ce parti est animé par cinq jeunes dans la vingtaine, originaires du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Né de leur volonté de bâtir leur vie en région, le Parti durable se concentre sur une circonscription pour son premier scrutin, soit celle de Roberval. Le chef du parti, Sébastien Girard, s'y présente, fort de son expérience de candidat du Parti vert dans Roberval-Lac-Saint-Jean en 2006. « Quand les gens voient un candidat de 25 ans, ça fait changement », note Marc-André Pâlin, attaché de presse.

À partir de leurs propres fonds (et de leurs dettes d'études, note M. Pâlin) et de près de 200 adhésions, essentiellement, ce parti entend mener une campagne tambour battant. Son chef vise le siège de député, mais « il faut être réaliste », concède M. Pâlin. Grâce au porte-à-porte et aux débats régionaux, l'équipe entend faire valoir des mesures à l'échelle régionale, à raison de deux par semaine de campagne, et inciter les autres partis à y réfléchir.

Parti égalité

Fruit de la fusion entre le Parti égalité et le Parti unité, officialisée le 7 mai 1990, ce parti prône l'égalité entre le français et l'anglais, s'opposant de facto au français comme langue officielle en vertu de la Charte de la langue française.

Il a obtenu quatre sièges à l'élection de 1989 (avant sa fusion). Des luttes intestines l'ont toutefois déchiré par la suite et il a été rayé de la carte de l'Assemblée nationale au scrutin suivant, en 1994. Aujourd'hui, il ne dispose plus de site Internet et il ne présente aucun candidat en 2008, tout comme aux dernières élections.

Parti indépendantiste

Parti indépendantiste

La principale revendication de ce parti est éponyme: l'indépendance du Québec. Son chef, Éric Tremblay, estime que le référendum de 1995 a été « volé » et il entend « remettre au coeur du débat l'indépendance du Québec ».

Cette formation, autorisée depuis le 18 octobre 2007, veut « se débarrasser d'Ottawa et des juges qui charcutent nos lois ». Quant au Parti québécois, « l'indépendance, c'est un boulet qui l'empêche de prendre le pouvoir provincial », peut-on lire sur le site Internet.

Le Parti indépendantiste prône une élection référendaire, c'est-à-dire que, s'il était élu, il adopterait une loi proclamant l'indépendance. Une fois cette étape franchie, le parti s'attellerait, entre autres, à instaurer une citoyenneté québécoise, à abolir les accommodements « religieux », à construire un TGV Québec-Montréal-New York, à nationaliser l'éolien, à obtenir la reconnaissance internationale par les pays amis et à rapatrier immédiatement les soldats québécois déployés en Afghanistan.

Dix-neuf candidats brigueront les suffrages pour ce parti.

Parti marxiste-léniniste du Québec

Le programme de ce parti « exige que l'État arrête de payer les riches, augmente les investissements dans les programmes sociaux et investisse le peuple de son pouvoir par le renouveau démocratique et l'affirmation de la souveraineté nationale, afin qu'il prenne le contrôle de ses affaires et la direction de l'économie ».

L'essentiel de la plate-forme consiste à s'opposer au Parti libéral, notamment parce qu'il a « toujours été au service de l'oligarchie financière à l'Assemblée nationale, en tant que parti au pouvoir et dans l'opposition ».

Autorisé le 5 mai 1989, ce parti est dirigé par Pierre Chénier et il a présenté 24 candidats aux dernières élections législatives de 2007. Au total, 2091 personnes ont voté pour eux, soit 0,05 % des voix. Vingt-trois candidats sont inscrits pour le scrutin du 8 décembre.

Parti république du Québec

Parti république du québec

Ce parti est né officiellement le 26 mars 2007, avec à sa tête Gilles Paquette. Souverainiste, il propose de soumettre la population à un référendum à ce sujet et d'instaurer une république, avec un président et un premier ministre.

Le Parti république propose, entre autres, de:

  • Rapatrier le Labrador;
  • Instaurer des élections proportionnelles;
  • Verser un salaire de 12 à 13 000 $ par an et par enfant pour « la femme à la maison pour les soins en amour et en éducation jusqu'à l'entrée en école primaire. Idem pour homme ou femme (sic) »;
  • Lutter contre l'avortement en prenant en charge « la future mère et l'enfant à naître, jusqu'à la naissance et à l'adoption par les nouveaux parents si tel est toujours le choix de la mère »;
  • Intégrer obligatoirement les nouveaux arrivants « venus résider sur une base permanente », avec une citoyenneté québécoise conditionnelle à la réussite d'un examen écrit de français.

Seul son fondateur briguera les suffrages pour ces élections, dans la circonscription de Vaudreuil.

Union du centre

Ce parti a été créé par Robert Dutil, ancien député libéral de Beauce-Sud, qui est depuis revenu au sein du Parti libéral. L'Union du centre existe néanmoins toujours, et ce, depuis le 8 janvier 2008, mais son site Internet n'est plus actif.

Ce parti veut combattre les avantages fiscaux que le gouvernement accorde aux régions ressources. La Beauce et les autres régions du centre du Québec considèrent en effet qu'elles sont victimes de mesures discriminatoires en vertu de cette politique.

Aucun candidat n'est inscrit au scrutin de 2008.

Le statut d'intervenant particulier

Un parti politique autorisé qui ne présente pas de candidat lors d'élections générales ou lors d'une élection partielle peut choisir d'agir à titre d'intervenant particulier. Cela lui permet d'engager des dépenses et de se prononcer sur un enjeu spécifique, sans appuyer un parti en particulier.

Les partis n'utilisent que rarement cette option. « La logique même de la politique les pousse à élargir le spectre de leurs interventions. Sans doute nous faut-il des organisations qui ont réponse à tout face à la complexité du monde. Le meilleur exemple en est le Parti vert qui ne s'occupe plus seulement d'environnement », analyse Jean-Pierre Beaud.

Hyperliens externes

* Radio-Canada n'est aucunement responsable du contenu des sites externes



Equipe
© Société Radio-Canada. Tous droits réservés.