Parti libéral

Volte-face sur la procréation assistée

Mise à jour le lundi 17 novembre 2008 à 14 h 10
Jean Charest

Le chef du Parti libéral change de position sur la procréation assistée.

Dévoilant des plans de son programme en santé à l'Université de Montréal, M. Charest a promis d'aider financièrement les couples infertiles qui veulent avoir des enfants.

Jean Charest s'engage à ce que la Régie de l'assurance-maladie du Qébec (RAMQ) rembourse les deux premiers traitements de procréation assistée, qui peuvent représenter des coûts allant de 10 000 $ à 15 000 $. La mesure est évaluée à 35 millions de dollars.

Pour les tentatives suivantes, 50 % des frais seraient remboursés sous forme de crédit d'impôt. Actuellement, Québec offre un crédit d'impôt de 50 % sur les frais de toutes les tentatives de procréation assistée.

L'Action démocratique du Québec et le Parti québécois réclamaient depuis longtemps la gratuité du traitement des couples infertiles qui veulent des enfants. Mais l'ancien ministre de la Santé, Philippe Couillard, s'y opposait, soutenant notamment qu'avoir des enfants n'était pas un droit fondamental. Il avait même retiré le projet de loi 23 sur l'encadrement des pratiques de procréation assistée, car l'opposition menaçait de le défaire si le projet ne contenait pas de mesure de gratuité de la fécondation in vitro. Son successeur, Yves Bolduc, serait plus ouvert à l'idée.

Rappelons que, lors de consultations publiques en juin, l'animatrice et productrice Julie Snyder avait joint sa voix à l'Association des couples infertiles du Québec pour demander la gratuité des traitements offerts en clinique pour stimuler la fertilité.

En perspective

Le taux de fertilité des femmes au Canada a accusé une baisse importante pour l'ensemble de la période 1960-2005, où l'on enregistre une moyenne annuelle de 2,1. C'est en 1960 qu'on enregistre le plus haut niveau (3,8), et c'est en 2000 qu'on enregistre le plus bas niveau (1,5). Pour plus de détails.

Dumont furieux

Le chef adéquiste Mario Dumont a dénoncé cette volte-face du chef libéral alors, dit-il, que son gouvernement s'était fortement opposé à cette idée au cours des derniers mois.

« Aujourd'hui en campagne électorale, il va essayer de devenir le héros d'une situation où il a été l'empêcheur. Il va essayer de devenir le héros d'un progrès dont il a été depuis 12 mois le fossoyeur. Je déteste les attaques personnelles en campagne électorale, mais je suis obligé de dire que Jean Charest manque d'honneur. »- Mario Dumont

Devant des militants adéquistes à Joliette, M. Dumont accuse Jean Charest de copier l'idée de son parti. Il dit toutefois être content pour les couples infertiles « Ça me choque [...] mais il fallait que ça se fasse », a-t-il déclaré.

Le chef libéral s'est défendu des attaques de Mario Dumont en niant s'être inspiré des idées adéquistes.

« Il y a eu une commission parlementaire et nos propres militants se sont prononcés là-dessus. Alors, M. Dumont ne peut pas se dire surpris. À la fin du mois de septembre, nos militants ont voté une résolution où ils nous ont demandé d'aller dans le sens où nous allons aujourd'hui. On a écouté et on agit. »- Jean Charest

M. Charest a ensuite désavoué son ex-ministre de la Santé, Philippe Couillard, qui a dit qu'avoir des enfants n'était pas un droit. « Oui, je pense [qu'il s'agit d'un droit]. Un couple qui veut avoir des enfants doit recevoir toute l'aide possible et disponible et on doit faire tous les efforts pour les aider », a-t-il déclaré.

Retenir les infirmières

M. Charest a aussi promis de s'attaquer au problème du manque de personnel en soins infirmiers dans le réseau public. S'il est réélu, il s'engage à verser une prime de 3000$ aux infirmières techniciennes et bachelières pendant leurs trois premières années de service dans le réseau public. Cette prime serait de 2000$ pour les infirmières auxiliaires.

Il souhaite aussi faire passer à 60 % le nombre de postes permanents chez les infirmières d'ici 2010. Actuellement, il est de 45 %.

Le chef libéral a également indiqué que Québec verserait un boni de 8000$ à la fin de chaque année à toutes les infirmières de 35 ans et plus d'expérience afin qu'elles repoussent leur retraite.

Selon M. Charest, ces mesures encourageront les infirmières à pratiquer dans le réseau public et surtout, à y rester .

Jean Charest a également indiqué qu'il augmenterait à 300 le nombre de groupes de médecine familiale, qui est actuellement de 178.

Le chef libéral espère aussi former, dans les facultés demédecine, un médecin de famille pour chaque médecin spécialiste. Actuellement, ce ratio est de 42 % de médecins omnipraticiens pour 58 % de médecins spécialistes. Pour y parvenir, il souhaite notamment qu'il y ait un stage d'observation obligatoire en médecine familiale au cours de la première année d'études en médecine.

Le coût de ces mesures est évalué à 66 millions $ par année pourles effectifs infirmiers et à 61 millions par année pour les groupes de médecine familiale.

Attaque contre Marois

Le chef libéral a profité de son annonce pour rejeter les accusations de Pauline Marois selon lesquelles il s'est traîné les pieds dans le dossier des médecins de famille. M. Charest se défend en disant que les médecins qui ont commencé leur formation au moment de son arrivée au pouvoir, en 2003, « ne font qu'à peine entrer dans le réseau de la santé aujourd'hui ».

Il a ensuite attaqué son adversaire, soutenant qu'il avait hérité des erreurs du gouvernement péquiste à son entrée en fonctions. Selon lui, il s'agit donc de réparer les faux pas du Parti québécois.

M. Charest est aussi revenu sur les déclarations de Mme Marois qui déclarait, dimanche, ne pas regretter les mises à la retraite massives dans la santé à la fin des années 1990 et qu'elle le referait si nécessaire (lire notre nouvelle). Il juge « impensables » les propos et l'attitude de la chef péquiste.



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