Parti québécois

Pauline Marois n'a pas de regrets

Mise à jour le lundi 17 novembre 2008 à 9 h 26
Pauline Marois

Photo: La Presse Canadienne /Peter McCabe

Pauline Marois

La chef du parti québécois (PQ), Pauline Marois, a affirmé dimanche à Sherbrooke que, si c'était à refaire, elle referait la même chose qu'en 1997, lorsque le gouvernement Bouchard au sein duquel elle était ministre avait mis à la retraite 1500 médecins et 4000 infirmières.

« À un moment donné, il y a des décisions qu'on doit prendre, qui exigent du courage, mais je crois qu'on l'a pris (sic) avec l'ensemble de la société québécoise. Et si c'était à refaire, je le referais, mais je ne souhaite pas à avoir à le refaire », a-t-elle déclaré.

Mme Marois a expliqué que cette décision était motivée par les difficultés financières de l'époque: « Quand on a pris le gouvernement en 1994, on avait 5,7 milliards de déficit, de déficit vrai, on n'avait pas assez d'argent pour payer les services qu'on rendait, on ne construisait pas des hôpitaux. On payait les médecins et les infirmières, on payait les services sociaux et l'éducation. »

« Bonne ou mauvaise décision? Moi, je n'aurais pas souhaité qu'on fasse ça, ça ne me faisait pas plaisir, mais après coup, j'étais contente quand j'ai pu réinvestir de l'argent en éducation, en santé, parce qu'on avait retrouvé justement une certaine santé financière. »- Pauline Marois

La chef péquiste a rappelé que ces mises à la retraite avaient été décidées en concertation avec les syndicats et les professionnels.

« On a fait une immense corvée au Québec, on a réuni autour de la table autant des représentants de médecins, que des syndicats de travailleurs et des entreprises, puis on a dit: "Qu'est ce qu'on fait?" On se retrousse les manches, puis on ramène notre budget à l'équilibre. Déficit zéro, c'était l'objectif qu'on a, qu'on s'est fixé ensemble. »

La faute à Charest

Pauline Marois a souligné que de toute manière les médecins et les infirmières, qui étaient touchés par la décision de son gouvernement en 1994, seraient tous à la retraite aujourd'hui. Dès lors, elle ne comprend pas pourquoi le chef libéral continue à accabler les péquistes de tous les maux du secteur de la santé.

D'après elle, Jean Charest n'est plus en bonne position pour critiquer le travail de l'ancien gouvernement.

« Ça fait six ans que [Jean Charest] est là, c'est pire qu'avant. [...] Il n'a pas de leçons à nous donner », a-t-elle affirmé.

Charest à bras raccourcis

Jean Charest

Jean Charest

Rapide comme l'éclair, Jean Charest a immédiatement commenté les propos de sa rivale péquiste, lors de son passage en Abitibi.

« Je pense que beaucoup de Québécois vont tomber en bas de leur chaise aujourd'hui. Il y a du monde qui vont être choqués d'entendre ça, d'autant plus qu'on en porte toujours les cicatrices aujourd'hui. 1500 médecins mis à la retraite, 4000 infirmières, 1800 infirmières auxiliaires, moi je n'en croyais pas mes oreilles », a-t-il déclaré.

Depuis le début de la campagne électorale, le chef libéral a critiqué à plusieurs reprises Pauline Marois au sujet de la mise à la retraite de médecins et d'infirmières sous le gouvernement péquiste.

Il est fort à parier que cette sortie de Mme Marois lui fournira de nouvelles munitions.

« Cette déclaration est malheureuse et démontre clairement que Mme Marois n'a pas appris de ses erreurs. »- Jean Charest

« Alors que les mises à la retraite massives ont eu des conséquences néfastes sur l'accessibilité à des soins de santé au Québec, Mme Marois, affirme aujourd'hui n'exprimer aucun regret. Je trouve que c'est manquer de sensibilité envers les patients qui ont vécu les effets de ces mises à la retraite, et envers ceux qui en subissent encore les conséquences aujourd'hui », a ajouté Jean Charest dans un communiqué

Le chef libéral estime que cette décision est « directement responsable du manque d'accessibilité aux soins de santé au Québec ».

L'ADQ veut des excuses

Les propos de Mme Marois ont également fait réagir le candidat adéquiste dans La Peltrie, Éric Caire, porte-parole de l'opposition officielle en matière de santé.

« Ça a été la pire erreur politique en matière de santé de l'histoire du Québec et, plutôt que de faire son mea culpa, Pauline Marois en rajoute. Elle n'a de toute évidence rien appris de ses erreurs. Elle est un véritable danger pour le système de santé québécois », a déclaré Éric Caire.

Il a invité la chef péquiste à se raviser, voire à s'excuser rapidement. « Le premier ministre de l'époque, Lucien Bouchard, a eu la lucidité d'avouer qu'il s'agissait d'une mauvaise décision. [...] La chef péquiste doit rapidement faire preuve d'un minimum d'autocritique et s'excuser pour sa mauvaise décision qui a eu et a encore des effets dévastateurs dont ont gravement souffert les patients québécois », a-t-il conclu.

Un médecin pour chaque citoyen

Pauline Marois

Cette déclaration de Pauline Marois risque d'éclipser son annonce faite dimanche à Sherbrooke.

Après un enfant, une place en garderie, elle a fait dimanche un autre engagement: Un Québécois, un médecin.

La chef péquiste a promis que chaque Québécois aura accès à un médecin de famille d'ici cinq ans.

Pour y parvenir, la chef péquiste entend créer 150 nouveaux groupes de médecins de famille. Elle déplore que, depuis leur arrivée au pouvoir en 2003, les libéraux n'ont créé que 178 groupes de médecins de famille, alors qu'en 2002, le gouvernement péquiste s'était engagé à créer 300 groupes d'ici la fin de 2005.

« Fini les discours. Fini les excuses. Fini le temps de mettre la faute sur le dos des autres comme Jean Charest le fait depuis le début de la campagne et depuis plus longtemps que ça. Il est temps [...] de prendre soin des Québécois et des Québécoises. »- Pauline Marois

Pour augmenter le nombre de groupes de médecine familiale, Mme Marois souhaite assouplir les critères d'adhésion. Un éventuel gouvernement péquiste pourrait ainsi réduire le nombre de médecins nécessaires pour qu'un groupe de médecine familiale soit considéré comme tel. Actuellement, un groupe de médecine familiale est constitué de 8 à 12 médecins et de 2 à 3 infirmières. Mme Marois croit que, dans certaines régions, de plus petits groupes pourraient être acceptables.

Les infirmières des groupes pourraient aussi y travailler à temps partiel.

Elle propose également que les groupes de médecine de famille offrent davantage de services. Ainsi, des nutritionnistes, des travailleurs sociaux ou des inhalothérapeutes pourraient être intégrés dans ces groupes. Pauline Marois souhaite aussi l'élargissement des heures d'ouverture des groupes de médecine de famille et des CLSC.

En tout, Mme Marois indique que ces mesures nécessiteront des investissements supplémentaires de 135 millions de dollars sur trois ans. Elle estime que le budget global du système de santé demeurera à quelque 43 % du budget total de l'État.

Retour sur la campagne de 2007

Les promesses du Parti québécois:

  • investir 1,2 milliard de dollars par an pour désengorger les urgences des hôpitaux;
  • consacrer 200 millions pour augmenter le nombre de groupes de médecine familiale à 300;
  • embaucher 650 nouveaux médecins et 1100 infirmières;
  • garantir l'accès aux interventions chirurgicales à l'intérieur de délais acceptables;
  • réviser le mode de gestion des listes d'attente;
  • investir 450 millions de dollars dans les soins à domicile;
  • augmenter le nombre d'infirmières praticiennes;
  • améliorer la qualité de vie des personnes âgées vivant dans des centres hospitaliers de soins de longue durée;
  • augmenter les fonds alloués à la prévention des maladies et des accidents;
  • mettre en place une politique de lutte contre le suicide.

Valoriser la pratique

La chef péquiste entend aussi valoriser la pratique de la médecine familiale auprès des étudiants en médecine, notamment en favorisant les contacts entre les jeunes et les médecins qui pratiquent déjà.

Le PQ veut également lancer un programme de valorisation des professions en santé.

Pauline Marois souhaite aussi rendre le réseau de la santé plus efficace, notamment en achevant l'informatisation du réseau en développant un dossier patient électronique dans tous les établissements.

Engagement envers un système public

Enfin, Mme Marois rappelle l'engagement de son parti envers un système de santé public et assure qu'elle n'ouvrira pas davantage la porte au privé. Elle dit que, si elle est élue, elle reverra la loi 33 pour empêcher un accès plus grand aux chirurgies qui pourraient être effectuées au privé. La chef péquiste n'entend toutefois pas revenir sur ce qui est déjà possible de faire en cliniques privées en vertu de la Loi 33.

Aide à domicile

Plus tard, en compagnie de son candidat dans Saint-François, le docteur Réjean Hébert (spécialisé dans les questions touchant les personnes âgées), Pauline Marois a présenté un plan de renforcement du programme de maintien à domicile destiné aux aînés.

Un gouvernement péquiste, promet Pauline Marois, ajouterait 100 millions sur cinq ans, soit 20 par année, aux 400 millions déjà prévus pour assurer des soins à domiciles aux personnes âgées.

Le docteur Hébert a souligné que ces mesures, en plus de contribuer à améliorer les conditions de vie des gens concernés, aideraient à désengorger le système de santé, y compris les urgences.

Un plan mis à mal par les libéraux

Yves Bolduc, ministre de la Santé du Québec

Yves Bolduc, ministre de la Santé du Québec

Le Parti libéral a réagi à ces engagements par la voix d'Yves Bolduc, ministre de la Santé et des Services sociaux et candidat du Parti libéral du Québec dans Jean-Talon.

Le candidat souligne que le gouvernement péquiste n'avait mis en place que 17 groupes de médecine familiale, « alors qu'aujourd'hui on en compte 180. »

Il reproche aussi à la formation politique de Pauline Marois de n'avoir jamais fait preuve par le passé de volonté réelle d'achever l'informatisation du réseau de la santé.

Et sur la question des soins à domicile, le Dr Bolduc déclare que le gouvernement libéral a investi 362 millions de dollars supplémentaires depuis 2003.



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