Économie

Faut-il privatiser Hydro-Québec?

Mise à jour le samedi 8 novembre 2008 à 15 h 54
Mario Dumont

Photo: La Presse Canadienne /Ryan Remiorz

Mario Dumont

L'ADQ propose de privatiser partiellement Hydro-Québec et de consacrer tous les profits de la vente au remboursement de la dette.

En vendant 7,5 % des actifs de la société d'État sous forme d'actions, Mario Dumont estime que le gouvernement du Québec empocherait 10 milliards de dollars.

« C'est quelque chose de bon que les Québécois puissent se réapproprier de façon directe Hydro-Québec en devenant actionnaires. »- Le chef de l'ADQ Mario Dumont

Selon les prévisions du chef de l'ADQ, la valeur totale d'Hydro-Québec serait de 133 milliards. Or, selon le rapport annuel 2007 de l'entreprise, les actifs d'Hydro-Québec totalisent plutôt 65 milliards.

M. Dumont ne fait pas fausse route pour autant, puisque la valeur d'Hydro-Québec pourrait effectivement valoir davantage sur le marché, une hypothèse déjà avancée par certains spécialistes.

Pour atteindre une telle valeur, Hydro-Québec devrait toutefois vendre son électricité au prix courant nord-américain. Vendredi, le premier ministre sortant Jean Charest a d'ailleurs tenu à avertir les Québécois.

« Mario Dumont, ou il fait une vente de feu pis y s'en va vendre ce qui nous appartient à un prix dérisoire, ou il augmente les tarifs substantiellement pour tous les Québécois. »- Le chef du PLQ Jean Charest

Selon plusieurs économistes consultés par Radio-Canada, les Québécois paieraient déjà leur électricité plus cher. Par exemple, les tarifs seraient 70 % plus cher à Montréal qu'à Toronto.

Mario Dumont affirme que les Québécois seraient néanmoins gagnants, puisqu'ils rembourseraient ainsi 10 milliards de la dette de la province, qui s'élevait à 122,5 milliards au 31 mars 2007.

Selon le chef adéquiste, cette mesure permettrait de réduire le service de la dette de 600 millions. En se basant sur le taux d'intérêt moyen actuellement appliqué sur la dette, l'économie serait plutôt de 500 millions de dollars, dès la première année.

Rien ne se perd, rien ne se crée

L'économiste Marcel Boyer, président par intérim de l'Institut Économique de Montréal, ne fait pas la même analyse que M. Dumont. En août 2007, M. Boyer écrivait que la privatisation réduirait le passif, mais aussi l'actif du gouvernement et il estimait que « l'opération ne changerait pas la valeur nette du gouvernement et n'entraînerait pas de richesse directe pour les Québécois. »

Une critique reprise par Jean-Thomas Bernard, professeur d'économie des ressources naturelles à l'Université Laval. « Hydro-Québec est déjà à l'intérieur du périmètre économique du Québec. Donc, ça serait simplement en passer une partie qui est dans le domaine public et le transférer au domaine privé, mais somme toute comme société québécoise, on ne gagnerait rien à ça », explique M. Bernard.

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Quant à l'argument de M. Dumont à savoir qu'en devenant actionnaires minoritaires d'Hydro-Québec, les investisseurs privés pourraient influencer les politiques de la société, l'économiste Jean-Thomas Bernard soutient qu'avec plus de 90 % du capital, le gouvernement continuerait de tout contrôler, des tarifs aux investissements et aux dividendes.

Une proposition qui refait surface

L'idée de privatiser partiellement Hydro-Québec pour renflouer les coffres de l'État québécois ne date pas d'hier. Dès 1985, l'ancien premier ministre du Québec Jacques Parizeau, qui était alors professeur à l'École des hautes études commerciales de Montréal, proposait de vendre 10 % de la société d'État.



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