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Un tsunami orange déferle sur le Québec et emporte le Bloc

Mise à jour le mardi 3 mai 2011 à 14 h 07

Un texte de Sophie-Hélène Lebeuf

Thomas Mulcair, député de la circonscription d'Outremont

Photo: La Presse Canadienne /Graham Hughes

Thomas Mulcair, député néo-démocrate dans Outremont

Si le Nouveau Parti démocratique a pu devenir l'opposition officielle, il le doit principalement à sa victoire historique au Québec. La vague orange a bien déferlé sur la province, comme le prédisaient les sondages, mais encore plus vigoureusement que prévu. Sa bonne performance s'est faite essentiellement au détriment du Bloc québécois, qui est presque rayé de la carte électorale.

Avec quelque 43 % des voix, la formation de Jack Layton a réussi à faire élire 58 députés.

Le Québec a fourni au NPD près de 60 % de sa députation.

Répartition des sièges au Québec

La victoire est notamment venue là où les analystes et les sondeurs l'attendaient : dans la région de l'Outaouais. Françoise Boivin a facilement remporté son pari dans Gatineau, recueillant l'appui de près de 62 % des électeurs. Dans Hull-Aylmer, Nycole Turmel, l'ancienne présidente de l'Alliance de la fonction publique du Canada a remporté une victoire historique devant Marcel Proulx. La circonscription était libérale depuis près de 100 ans. Le NPD a également ravi la circonscription d'Argenteuil-Papineau-Mirabel, au Bloc québécois et celle de Pontiac, qui était représentée par le ministre sortant Lawrence Cannon.

Le NPD pourra également compter sur une forte députation montréalaise. La majorité des sièges, soit 10 sur 18, seront détenus par les néo-démocrates. Thomas Mulcair, facilement réélu dans Outremont, sera entre autres accompagné aux Communes par Hélène Laverdière (Laurier-Sainte-Marie), Alexandre Boulerice (Rosemont-La Petite-Patrie), Tyrone Benskin dans Jeanne-Le Ber et Marjolaine Boutin-Sweet (Hochelaga). Seuls sept libéraux et un bloquiste ont pu conserver leurs sièges.

Les sections nord et sud de la couronne de Montréal se sont elles aussi teintées d'orange, notamment à Laval, Alfred-Pellan, Laval-Les Îles et Marc-Aurèle Fortin, ainsi qu'à Longueuil, Brossard-La Prairie, Saint-Lambert, Saint-Bruno-Saint-Hubert et Châteauguay-Saint-Constant. Le NPD a aussi remporté Chambly-Borduas, devant le candidat bloquiste et l'humoriste Jean-François Mercier, qui faisait campagne comme indépendant et qui a terminé troisième.

Je suis triste de voir les conservateurs y aller avec une majorité parce que je sais ce que ça peut vouloir dire au plan social. Cependant, il y a une formation politique qui va se tenir debout, droite comme une barre devant Stephen Harper.

— Thomas Mulcair, député NPD d'Outremont

De son côté, Québec ne revêt plus son fameux mystère. La capitale nationale a elle aussi été séduite par le NPD, rejetant entre autres la ministre Josée Verner dans Louis-Saint-Laurent et la députée Sylvie Boucher dans Beauport-Limoilou. Dans la circonscription de Portneuf-Jacques-Cartier, une nouvelle venue a par ailleurs détrôné l'indépendant André Arthur, qui était soutenu par les troupes de Stephen Harper.

Par contre, la région de Chaudière-Appalaches est restée résolument conservatrice.

Le Saguenay-Lac-Saint-Jean a élu deux candidats néo-démocrates, tournant notamment le dos au ministre Jean-Pierre Blackburn dans Roberval, mais est resté fidèle à Denis Lebel, réélu dans Roberval-Lac-Saint-Jean.

L'Abitibi-Témiscamingue enverra deux députés néo-démocrates aux Communes : le cri Roméo Saganash, le négociateur de la paix des braves, dans Abitibi-Baie-James-Nunavik-Eeyou, ainsi que Christine Moore dans Abitibi-Témiscamingue.

En Estrie, cinq des septs candidats néo-démocrates de la région ont été élus. À Sherbrooke, un étudiant de 19 ans, Pierre-Luc Dussault, a battu le député bloquiste sortant, Serge Cardin, en poste depuis 1998. Alors qu'on attendait une lutte serrée dans Brome-Missisquoi, où moins de 2,5 % des voix avaient séparé les candidats bloquiste et libéral, c'est le néo-démocrate qui a remporté la lutte. Seuls ministre conservateur Christian Paradis, dans Mégantic-L'Érable et le bloquiste André Bellavance, dans Richmond-Arthabaska, ont conservé leurs sièges.

Dans la région de Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, le NPD l'a emporté dans Gaspésie-Les-Îles, tandis que le Bloc québécois conserve Haute-Gaspésie-La-Mitis-Matane-Matapédia.

Dans le Bas-Saint-Laurent, le NPD a remporté la circonscription de Rimouski-Neigette-Témiscouata-Les Basques. À l'issue d'une lutte très serrée, le député conservateur sortant, Bernard Généreux, a cependant résisté à la montée de la formation.

La vague orange est si forte que même la candidate Ruth Ellen Brosseau, qui a passé une partie de la campagne en vacances à Las Vegas et qui habite à Gatineau, en Outaouais, a été élue dans Berthier-Maskinongé, en Mauricie. En tout, la région procure au NPD trois des quatre députés. Seul le bloquiste de la circonscription de Bas-Richelieu-Nicolet-Bécancour, Louis Plamondon, a tenu bon.

Le taux de participation au Québec a atteint 62,2 %:
3 798 430 des 6 110 918 électeurs inscrits se sont prévalus de leur droit de vote.

Avant aujourd'hui, la meilleure performance du NPD en territoire québécois lui avait valu 14,4 % des voix, en 1988. La formation alors menée par Ed Broadbent n'avait cependant fait élire aucun député. Avant Thomas Mulcair, élu pour la première fois en 2007, le parti n'a fait élire qu'un seul député : Phil Edmonston, en 1990.

Une défaite incommensurable

Gilles Duceppe

Photo: La Presse Canadienne /Jacques Boissinot

Gilles Duceppe lors de son discours

C'est la débandade pour le Bloc québécois, qui perd plusieurs de ses figures de proue, dont son chef, Gilles Duceppe, premier député à avoir été élu sous la bannière bloquiste, en 1990. Dans son discours, il a donné sa démission à titre de chef de la formation.

Le leader parlementaire du Bloc, Pierre Paquette (Joliette), fait partie de ceux qui ont été emportés par la vague orange, tout comme Bernard Bigras (Rosemont).

À Québec, Christiane Gagnon, qui avait résisté aux vagues conservatrices, a subi la défaite, elle qui était députée depuis 1993. Dans Saint-Jean, Claude Bachand, lui aussi élu depuis 1993, a subi le même sort.

Bien qu'il ait recueilli plus de 23 % des voix, le Bloc n'a réussi à faire élire que quatre députés.

Avec une faible députation, le parti fondé par Lucien Bouchard en 1991 n'a même plus le statut de parti officiel à la Chambre des communes, qui lui garantissait un budget de recherche et un droit de parole minimal.

Les rescapés bloquistes

  • Maria Mourani (Ahuntsic)

  • Louis Plamondon (Bas-Richelieu-Nicolet-Bécancour)

  • André Bellavance (Richmond-Arthabaska)

  • Jean-François Fortin (Haute-Gaspésie-La Mitis-Matane-Matapédia)
.

Des ministres conservateurs emportés par la vague

Trois des cinq ministres conservateurs du Québec ont mordu la poussière, eux aussi balayés par le NPD.

Le député du Parti conservateur, Christian Paradis

Christian Paradis a facilement été réélu.

Dans Pontiac, le ministre sortant Lawrence Cannon a été battu. Dans Roberval, son collègue Jean-Pierre Blackburn a également été défait, tout comme Josée Verner dans Louis-Saint-Laurent.

Pour la formation de son Cabinet, Stephen Harper devra choisir dans un caucus conservateur québécois très restreint de six membres, à moins qu'il ne se tourne vers des non-élus, comme il l'a fait par le passé. Cinq de ses six sièges conservateurs viennent de la rive sud du Saint-Laurent, le sixième étant au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Les rescapés conservateurs

  • Le ministre Christian Paradis, lieutenant politique pour le Québec (Mégantic-L'Érable)

  • Le ministre Denis Lebel (Roberval-Lac Saint-Jean)

  • Maxime Bernier (Beauce)

  • Steven Blaney (Lévis-Bellechasse)

  • Bernard Généreux (Montmagny-L'Islet-Kamouraska-Rivière-du-Loup)

  • Jacques Gourde (Lotbinière-Chutes-de-la-Chaudière)

Les libéraux, quatrièmes

Le Parti libéral n'a pas davantage résisté à la vague orange. La formation de Michael Ignatieff a terminé quatrième au chapitre des voix exprimées, ne réussissant qu'à garder que sept de ses 14 sièges montréalais dans son giron.

Le député Marc Garneau (25 septembre 2010)

Le député Marc Garneau (archives)

Des députés de longue date comme Pablo Rodriguez (Honoré-Mercier) doivent tirer leur révérence.

Les circonscriptions de Notre-Dame-de-Grâce-Lachine, Pierrefonds-Dollard et LaSalle-Émard, qui étaient libérales respectivement depuis 1962, 1993 et 1988, ont été remportées par le NPD.

Même le château-fort de Westmount-Ville Marie a failli basculer dans le camp du NPD. Marc Garneau a même concédé la victoire à son adversaire néo-démocrate. En fin de compte, il a recueilli 37 % des voix contre 35,4 % pour sa rivale du NPD.

Les candidats vedettes Martin Cauchon dans Outremont et Noushig Eloyan dans Ahuntsic ont de leur côté perdu leur pari.

Les rescapés libéraux

  • Denis Coderre (Bourassa)
  • Massimo Pacetti (Saint-Léonard-Saint-Michel)
  • Justin Trudeau (Papineau)
  • Stéphane Dion (Saint-Laurent-Cartierville)
  • Marc Garneau (Westmount-Ville-Marie)
  • Irwin Cotler (Mont-Royal)
  • Francis Scarpaleggia (Lac-Saint-Louis)

Résultats

NPD : 42,9 % des voix
Parti libéral : 14,2 % des voix
Parti conservateur: 16,5 % des voix
Bloc québécois : 23,4 % des voix
Parti vert : 2,12 % des voix

Total des participations : 1 952 540

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