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Demandes d'explications sur les allégations d'ingérence politique au Port de Montréal

Mise à jour le mercredi 20 avril 2011 à 17 h 38

Port de Montréal

Photo: Luc Lavigne

Port de Montréal

Les chefs libéral, néo-démocrate et bloquiste réclament des explications au sujet d'allégations d'ingérence du Bureau du premier ministre Stephen Harper dans la nomination du président du Port de Montréal, en 2007.

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a affirmé que cette histoire « l'inquiète beaucoup », rappelant qu'il est mention de pressions et de menaces. Il a aussi souligné que le témoignage de M. Soudas, dans lequel ce dernier se défend de toute ingérence, était différent de celui qu'il avait livré sous serment en disant ne jamais avoir rencontré les membres du comité chargé de choisir le nouveau président du Port.

« Je veux des explications sur ce cas [...] d'ici le 2 mai », a insisté M. Duceppe, précisant qu'il souhaiterait demander à Stephen Harper si Dimitri Soudas, son porte-parole au Québec, a agi au nom du premier ministre en exprimant sa préférence pour Robert Abdallah.

Le chef bloquiste a vivement dénoncé cette ingérence politique qui lui rappelle le scandale des commandites par « le type de fonctionnement ». « Au sens de la loi, ce n'est pas légal. [...] L'attitude est impardonnable », a-t-il déclaré.

Il a ajouté que ces accusations d'ingérence sont « graves », et qu'« il en va de la probité non seulement de M. Soudas, mais aussi du premier ministre ». « Vous savez, M. Harper est très contrôlant. Avec moi, il y a eu plus de quatre questions », a-t-il lancé avec ironie.

Une enquête de Radio-Canada et du Globe and Mail a révélé que le directeur des communications de Stephen Harper, Dimitri Soudas, avait clairement exprimé sa préférence pour que Robert Abdallah, l'ex-directeur de la Ville de Montréal, occupe le poste de président du Port de Montréal, lors d'une rencontre au restaurant Le Muscadin avec trois membres du comité de relève chargé de choisir le nouveau président.

C'est finalement Patrice Pelletier qui a été choisi à la présidence du Port de Montréal.

Selon M. Duceppe, le fait que le choix final ne se soit pas porté sur la préférence de M. Soudas ne diminue aucunement la gravité de la situation. Le chef bloquiste a expliqué son point de vue en prenant l'exemple d'un individu qui aurait essayé de voler du lait. « Si je n'ai pas réussi, alors je suis libre? Ça ne fonctionne pas comme ça », a-t-il commenté.

M. Duceppe a aussi fait référence au cas du sénateur conservateur Léo Housakos, ancien collecteur de fonds du Parti conservateur visé, en 2009, par des allégations de conflit d'intérêts, parlant de « filiale Housakos-Soudas ».

Le chef bloquiste est de nouveau intervenu sur la question lors d'un point de presse à Drummondville, en début d'après-midi, pour soutenir que M. Harper doit se rétracter et admettre son erreur.

« Ce que M. Harper vient de nous révéler c'est qu'il savait exactement ce que faisait M. Soudas, il savait que M. Soudas faisait de l'ingérence politique, il a accepté et il n'a pas bronché quand M. Soudas a dit sous serment qu'il n'avait jamais parlé de cela aux gens », a dit M. Duceppe.

Le chef libéral Michael Ignatieff a pour sa part insisté sur « le devoir et l'obligation » de M. Soudas de « dire la vérité aussitôt que possible, c'est-à-dire dès maintenant » et non après une enquête de plusieurs mois, étant donné la campagne électorale.

Une des questions-clés est, est-ce que M. Soudas a dit la vérité au comité de la Chambre? Il y a la possibilité qu'il ait menti sous serment. [...] C'est une chose grave, c'est un manque de respect pour nos institutions et ça fait aussi partie de tout un processus de manque de respect pour la démocratie et pour le Parlement.

— Michael Ignatieff

M. Ignatieff a aussi noté que plusieurs histoires secouaient maintenant le bureau du premier ministre. « Quatre membres de son équipe qui sont accusés de fraude électorale. Ensuite il y a M. Carson, qui est un escroc, c'est le seul mot qu'on peut employer », a-t-il ajouté.

De passage dans le sud de l'Ontario, le chef néo-démocrate Jack Layton a dit y voir encore « un exemple des anciens jeux ». « Comme les libéraux, ils veulent nommer leurs amis à des postes intéressants », a-t-il déclaré, exigeant une enquête sur M. Soudas.

Dimitri Soudas, directeur des communications de Stephen Harper

Dimitri Soudas, directeur des communications de Stephen Harper

Les conservateurs se défendent

Interrogé sur le sujet mercredi, Dimitri Soudas a répondu que la préférence pour Robert Abdallah était connue, et justifiée selon lui par son curriculum vitae.

« C'est sur la place publique qu'il y avait une préférence pour un candidat. Le conseil d'administration en bout de ligne a choisi quelqu'un d'autre », a déclaré M. Soudas, précisant qu'il était « clair sur le fait que c'était la décision du conseil d'administration ».

En point de presse à Rivière-du-Loup, mercredi matin, le chef conservateur Stephen Harper a soutenu qu'il n'était pas inhabituel pour le gouvernement d'exprimer sa préférence dans ce genre de dossier. Il a rappelé qu'un autre candidat avait finalement été retenu.

« On respecte cette décision et on travaille avec le président du conseil d'administration, et c'est normal », a résumé M. Harper.

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