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Une pluie de chiffres et d'affirmations soumise à l'épreuve des faits

Mise à jour le mercredi 13 avril 2011 à 17 h 41

Épreuve des faits

Au cours du premier débat de deux heures, les chefs ont croisé le fer dans la langue de Shakespeare, multipliant les promesses et les flèches décochées à leurs adversaires.

Radio-Canada a vérifié certaines des affirmations, qui incluaient quelques faussetés et demi-vérités.

Duceppe : le Parti conservateur n'était pas prêt pour faire face à la récession en 2008

Gilles Duceppe lors du débat des chefs en anglais

Photo: La Presse Canadienne /Adrian Wyld

Gilles Duceppe

Stephen Harper a répondu que son gouvernement avait présenté un énoncé économique en novembre 2008 pour faire face à la récession.

L'énoncé a bel et bien été dévoilé à cette époque. Dans l'énoncé économique, cependant, le ministre des Finances, Jim Flaherty, affirmait que le déficit, en 2008 et lors des quatre années subséquentes, pourrait être évité grâce à la réduction des dépenses.

Il n'était pas question de plan de relance pour l'économie ou de mesures pour sortir le Canada de la récession.

Harper : le gouvernement a fourni toute l'information budgétaire réclamée par l'opposition

En fait, les députés libéraux, bloquistes et néo-démocrates ont renversé le gouvernement en raison de son refus de fournir les précisions des coûts de plusieurs projets de loi. L'opposition avait réclamé des précisions pour les projets de loi portant sur l'achat des avions de chasse F-35, sur la réduction de l'impôt des grandes entreprises et sur le durcissement des peines de prison.

C'était la première fois de l'histoire canadienne qu'un gouvernement était déclaré coupable d'outrage au Parlement.

Harper : notre dernier budget ne contient aucune baisse d'impôt aux entreprises

Stephen Harper a été confronté à des tirs groupés des autres chefs.

Photo: La Presse Canadienne /Chris Wattie

Stephen Harper

C'est vrai, puisque les baisses d'impôt, réalisées ou encore à venir, avaient déjà été annoncées dans le budget de 2007.

Depuis son arrivée au pouvoir, le Parti conservateur a abaissé chaque année le taux d'imposition du revenu des sociétés, qui était à 22 % en 2007. Le 1er janvier dernier, le taux d'imposition du revenu des sociétés est passé à 16,5 %. Le Parti conservateur veut poursuivre la baisse du taux d'imposition des grandes entreprises jusqu'à 15 % en 2012.

Le Canada aura alors le plus bas taux d'imposition des sociétés de tous les pays du G7. À titre de comparaison, le taux aux États-Unis atteint 35 %.

On estime que les baisses d'impôt annoncées feraient perdre au Trésor fédéral 4,5 milliards de dollars.

Advenant une hausse de leur taux d'imposition, les entreprises refileront la facture à leurs clients, a plaidé Stephen Harper.

Il affirme cependant que les baisses d'impôt consenties aux entreprises permettront de stimuler l'économie et de créer des emplois.

En fait, les économistes ne s'entendent pas sur la réponse. Chiffres à l'appui, un article du Globe and Mail démontrait cependant que jusqu'à présent, les baisses d'impôt des entreprises ne s'étaient pas traduites en investissements dans la machinerie et les équipements.

Les partis d'opposition soutiennent de leur côté que les baisses d'impôt enrichiraient davantage les banques et les pétrolières. Le NPD propose d'augmenter l'impôt des entreprises à 19,5 %, et le PLC propose de les ramener à 18 %.

Mais les revenus engendrés par une hausse ne font pas l'unanimité. L'économiste Jean-Pierre Aubry, fellow associé du centre interuniversitaire de recherche CIRANO et ancien cadre de la Banque nationale du Canada, soutient par exemple que la promesse des libéraux permettrait de récupérer plus de 3 milliards de dollars. Jack Mintz, titulaire de la chaire Palmer de politique publique de l'Université de Calgary et ancien PDG du C.D. Howe Institute, soutient plutôt que les revenus oscilleraient autour de 1,2 milliard de dollars.

Le taux d'imposition des entreprises de 2007 à 2011

Harper : même le Congrès du travail du Canada a appuyé le dernier budget Flaherty

Le chef conservateur a affirmé que le Congrès du travail du Canada (CTC) avait appuyé le dernier budget Flaherty. Ce n'était pas la première fois que sa formation invoquait ce soutien.

En réalité, le CTC a appuyé une seule mesure du budget présenté le 22 mars.

En fait, au lendemain du dépôt du budget, l'organisme a plutôt déploré que le gouvernement ne soit pas prêt à négocier avec les autres partis. Il a demandé aux conservateurs de se rétracter dans une lettre écrite au ministre Flaherty. (La lettre en question est sur le site de l'organisme.)

Harper : le Canada doit remplacer les F-35

En juillet 2010, le gouvernement conservateur annonçait que le Canada allait acheter 65 chasseurs furtifs F-35, sans appel d'offres, à la compagnie américaine Lockheed Martin

Lors du débat, Stephen Harper a estimé que le Canada n'a pas le choix de moderniser sa flotte actuelle. Les F-35 viendront remplacer des CF-18.

Il existe cependant des appareils moins coûteux et peut-être mieux adaptés aux besoins canadiens de surveillance du territoire et de missions de paix, affirme Yves Bélanger, professeur titulaire au département de science politique de l'UQAM et du Groupe ressource sur l'industrie militaire et la sécurité (GRIMS). Il cite par exemple les F22, les F18ES, les Rafale et les Eurofighter.

Stephen Harper a par ailleurs éludé la question des coûts d'acquisition et d'entretien des F-35.

Selon le gouvernement, le coût individuel d'un chasseur est de 75 millions de dollars. Récemment, le directeur du Government Accountability Office (GOA, l'équivalent du Bureau du vérificateur général du Cananda) a estimé le coût individuel de chaque avion à 110 ou 130 millions. Le directeur parlementaire du budget, Kevin Page, a de son côté estimé qu'un seul de ces appareils coûterait plutôt 128 millions.

Les différentes estimations des F-35

Les coûts d'entretien et de mise à jour des avions au cours des 30 années de leur vie active devaient en outre se chiffrer entre 7 milliards et 9 milliards de dollars. Kevin Page croit plutôt qu'ils atteindront 19,6 milliards de dollars.

Michael Ignatieff pendant le débat des chefs en anglais

Photo: La Presse Canadienne /Adrian Wyld

Michael Ignatieff

Ignatieff : la promesse conservatrice sur les prisons coûterait 13 milliards $

Les conservateurs ont annoncé l'ajout de 2700 places dans les prisons.

Michael Ignatieff chiffre cette mesure à 13 milliards de dollars.

En fait, dans un rapport déposé en juin 2010, le directeur parlementaire du budget, Kevin Page, estime que la part du fédéral oscillerait entre 4 et 5,5 milliards de dollars, puisque les provinces seraient aussi appelées à contribuer.

L'évaluation des coûts de l'ajout de places dans les prisons

Layton : Michael Ignatieff a manqué 70 % des votes aux Communes

Le chef du NPD affirme que son vis-à-vis libéral a raté 70 % des votes au Parlement. Michael Ignatieff, qui a profité de la dernière année pour effectuer une tournée au pays, a plutôt manqué 59 % des votes depuis décembre 2008.

Layton : le NPD est celui à qui les Canadiens doivent faire confiance pour les transferts en santé

Jack Layton lors du débat des chefs en anglais

Photo: La Presse Canadienne /Adrian Wyld

Jack Layton

L'entente sur le financement de la santé entre Ottawa et les provinces, négociée en 2004 sous le gouvernement libéral de Paul Martin, prend fin en 2014.

Elle prévoit une hausse annuelle de 6 % du transfert canadien en matière de santé.

Le 8 avril, le Parti libéral s'est engagé à maintenir cette hausse annuelle après 2013-2014, une mesure de 1,8 milliard de dollars pour cette année-là. Les conservateurs et les néo-démocrates leur ont emboîté le pas.

Aucun des trois partis fédéralistes ne chiffre cette mesure dans sa plateforme électorale. Celle du PLC ne couvre cependant que les deux prochaines années.

Total des participations : 1 952 540

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