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L'expulsion de deux étudiantes d'une assemblée conservatrice provoque des vagues

Mise à jour le mercredi 6 avril 2011 à 10 h 38

Un texte de Louis-André Bertrand

Michael Ignatieff (c) et Awish Aslam (d)

Photo: Awish Aslam

Michael Ignatieff (c) et Awish Aslam (d) prennent une photo lors d'un événement tenu à London le 3 avril.

L'expulsion de deux étudiantes d'une assemblée partisane conservatrice vraisemblablement parce que le compte Facebook de l'une d'elles comportait une photo où elle posait en compagnie du chef du Parti libéral, Michael Ignatieff, a fait réagir tous les chefs de parti, mardi.

Le chef conservateur a dû défendre les organisateurs de sa campagne, tandis que les autres chefs de parti en ont profité pour dénoncer les façons de faire des conservateurs.

Des responsables de la sécurité ont montré la porte à Awish Aslam et son amie lors d'un événement tenu dimanche à London, en Ontario. Contactée par Radio-Canada.ca, l'étudiante de 19 ans affirme qu'on la soupçonnait d'être affiliée aux libéraux. Une vérification de son compte Facebook aurait laissé croire aux organisateurs conservateurs qu'elle était une partisane du chef libéral Michael Ignatieff.

Mme Aslam, qui voulait rencontrer les chefs conservateur, libéral et néo-démocrate avant de voter pour une première fois, a effectivement publié sur le site de réseautage social une photo où on la voit en compagnie de M. Ignatieff.

Les individus, qui se seraient identifiés comme des agents de la GRC, ont ensuite déchiré les badges des deux femmes et leur ont dit qu'il « n'avait pas besoin de protestataires » à l'événement.

Répondant aux questions des journalistes lors d'une allocution à Victoriaville, Stephen Harper a affirmé qu'il n'était pas responsable des aspects organisationnels de la campagne, que les organisateurs locaux étaient responsables de la sécurité. « Je suis satisfait du déroulement de la campagne », a-t-il ajouté.

Pressé de questions par les journalistes, le directeur des communications du chef conservateur, Dimitri Soudas, n'a pas nié que l'expulsion ait eu lieu, ajoutant que de tels incidents arrivaient dans toutes les campagnes. Il a affirmé que l'équipe de campagne conservatrice s'était excusée auprès des deux étudiantes.

Il n'a cependant rien dit au sujet d'un éventuel processus de vérification des profils des participants enregistrés aux rassemblements.

À chaque question à ce sujet, M. Soudas a répondu que les rassemblements conservateurs attiraient beaucoup de gens, et que la priorité était de s'assurer d'avoir assez d'espace pour les accueillir.

Précision de la GRC

Appelée à commenter son rôle dans l'expulsion des étudiantes, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a indiqué qu'elle est responsable de la sécurité des chefs des grands partis politiques pendant la campagne électorale. Ne commentant pas l'incident en particulier, la sergente Julie Gagnon a expliqué dans un courriel que la GRC est « uniquement responsable de la sécurité offerte aux personnes bénéficiant d'une protection ».

Dans l'attente d'une explication

Deux jours après l'incident, Awish Aslam s'explique mal ce qui s'est passé. « En tant que jeunes, on se fait dire qu'il faut voter et s'informer, et on se fait expulser! C'est décourageant », raconte-t-elle.

L'étudiante aimerait qu'on lui dise pourquoi cet incident s'est produit. « Je ne comprends pas ce qui était le problème », dit-elle. En ce qui a trait à des excuses, elle dit ne pas en avoir reçues directement. Elle se dit déçue que les conservateurs n'aient pas tenté de la contacter, d'autant plus qu'ils connaissaient son profil Facebook. « S'ils avaient vraiment l'intention de s'excuser, ils auraient pu facilement me joindre. »

Alors qu'elle aurait pu être rebutée par l'incident, Mme Aslam considère que son expulsion la motive à s'informer davantage sur les partis. Bien que l'ampleur de la couverture médiatique la surprend, elle espère que cet incident va amener les Canadiens à s'impliquer davantage dans la campagne afin de faire un choix éclairé le 2 mai prochain.

Réactions bloquiste, libérale et néo-démocrate

À Terre-Neuve-et-Labrador, le chef libéral Michael Ignatieff a indiqué qu'il trouve « inadmissible dans une démocratie » l'expulsion de citoyens d'un rassemblement politique. Il estime que les choses vont mal lorsque le premier ministre soumet les participants à ses rassemblements à des vérifications de sécurité alors qu'il ne le fait pas dans le cas des membres de son bureau, faisant ainsi référence au passé d'un ex-conseiller de Stephen Harper, Bruce Carson.

En soirée, le chef libéral en a rajouté. Lors d'un rassemblement à Drummondville, M. Ignatieff a accusé le chef conservateur de bafouer les valeurs canadiennes.

« Est-ce que c'est ça le Canada? Est-ce que c'est ça la démocratie? Est-ce que c'est ça le respect des traditions de notre pays? », a lancé M. Ignatieff.

Avant de commencer une allocution à Winnipeg, le chef néo-démocrate Jack Layton s'est demandé, à la blague, si les profils Facebook des enfants qui jouaient derrière lui avaient été vérifiés. M. Harper « veut contrôler tout. Il ne veut pas que quelqu'un qui est en désaccord avec ses politiques soit dans la même salle [...] mais si on est quelqu'un accusé de fraude, ou pire, on peut être [...] un membre de l'équipe du premier ministre », a-t-il ajouté.

De son côté, le chef bloquiste Gilles Duceppe a indiqué qu'il n'a jamais expulsé des gens d'un de ses rassemblements partisans. « Je ne mets pas de clôture. Il y a un tapis, mais ce n'est pas une clôture », a-t-il lancé à la blague.

Extrait du courriel envoyé par Awish Aslam à Terry Milewski, suivi d'une traduction libre

Total des participations : 1 952 540

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