Ouest
Journaliste: Éric Larouche
Depuis plusieurs élections, le Parti libéral du Canada (PLC) et le Nouveau Parti démocratique (NPD) arrivent difficilement à percer la forteresse conservatrice dans les Prairies. À la dissolution du Parlement, il y avait trois députés libéraux au Manitoba et un autre en Saskatchewan. Les néo-démocrates ne possédaient que trois sièges, tous situés dans la région de Winnipeg. Les 49 autres circonscriptions étaient occupées par des représentants du Parti conservateur du Canada (PCC).
Rien dans les programmes des partis politiques ni dans le déroulement de la campagne ne laisse présager que la tendance se renversera le 14 octobre. Quelques luttes serrées sont toutefois à prévoir, surtout dans des circonscriptions urbaines. Le NPD pourrait y faire de légers gains aux dépens des libéraux et des conservateurs. Malgré tout, le paysage politique des Prairies devrait rester relativement le même au lendemain du scrutin.
Dans ce contexte, l'engagement du chef conservateur de Stephen Harper de remplacer l'actuelle loi sur les jeunes contrevenants par une loi plus sévère peut rejoindre les préoccupations de certains électeurs. De son côté, le PLC a promis d'injecter 40 millions de dollars pour créer le Fonds de prévention contre la violence armée et les gangs pour soutenir les programmes communautaires. Le NPD souhaite notamment financer l'embauche de 2500 policiers s'il est porté au pouvoir le 14 octobre.
Au cours des dernières années, la croissance économique dans l’ouest du pays a été marquée par la vitalité du secteur des ressources naturelles, dont l'exploitation pétrolière. Le mois dernier, le Conference Board du Canada estimait la croissance des activités économiques pour les villes de Regina et de Saskatoon à 4,1 % en 2008. Dans la région de Winnipeg, l'économie devrait augmenter de 3,3 % cette année pour ainsi devancer Calgary (3,2 %) et Edmonton (3,1 %).
Même si cette prospérité ne profite pas à tous, le Tournant vert de Stéphane Dion soulève des inquiétudes quant à ses effets sur l'économie.
En Alberta où l’exploitation des hydrocarbures génère la majeure partie des émissions de gaz à effet de serre au pays (39 % en 2005, selon Environnement Canada), la proposition est accueillie froidement.
Tout indique que ce Tournant vert, qui est le fondement de la plate-forme du Parti de Stéphane Dion, ne parviendra pas à ajouter un peu de rouge aux bastions bleus de l’Ouest. Au contraire, les libéraux doivent même s'attendre à des luttes serrées au Manitoba.
Depuis 20 ans, la circonscription de Saint-Boniface, au Manitoba, est représentée par un député libéral. Fortement multiculturel, le territoire est composé de 15 % d'électeurs dont la langue maternelle est le français, d'après le recensement de 2006.
La circonscription, bordée par la rivière Rouge à l'ouest, regroupe un hôpital, le Collège universitaire de Saint-Boniface et les installations de la Monnaie canadienne. Le secteur manufacturier et celui des services procurent la plupart des emplois dans les environs.
Cinq candidats, tous bilingues, s'affrontent dans cette course.
Au cours de cette campagne, sa quatrième en six ans, le député sortant, Raymond Simard, entend souvent ses électeurs lui parler de criminalité. Le candidat libéral accuse d'ailleurs les conservateurs d'avoir une vision simpliste de ce problème. Lors des élections générales de 2006, l'homme d'affaires francophone a été élu par une faible majorité. M. Simard a récolté 38,59 % des votes contre 35 % pour son adversaire conservateur de l'époque, Ken Cooper. Le résultat du 14 octobre pourrait aussi être encore plus serré.
La conservatrice Shelly Glover est bien connue dans la communauté. La femme de 41 ans, qui a été porte-parole de la police de Winnipeg au cours des dernières années, mise sur son expérience de policière pour parler d'ordre public et de sécurité. Elle dit avoir décidé de se lancer en politique à la suite de frustrations envers le système de justice, le crime et le traitement réservé aux policiers. Choisie comme candidate conservatrice en décembre 2006, elle sillonne depuis sa circonscription. Mme Glover, qui a étudié dans une école d’immersion française, s’exprime aussi bien en français qu’en anglais. Elle pourrait s’avérer une adversaire redoutable pour le député sortant, Raymond Simard. Saint-Boniface a été représentée seulement trois fois par un député conservateur, soit en 1958 et 1984 ainsi qu’en 1978 lors d’élections partielles.
La performance du candidat du NPD pourra venir diviser le vote et ainsi aider la conservatrice. La formation politique de Jack Layton avait obtenu plus de 20 % des appuis populaire en 2006. Cette fois, le candidat est un étudiant de l'Université de Winnipeg, Matt Schaubroeck. L'an dernier, il a tenté sans succès de se faire élire dans la circonscription provinciale de Tuxedo sous la bannière néo-démocrate. M. Schaubroeck est notamment bénévole pour le Centre culturel franco-manitobain.
Le programmeur-analyste Marc Payette cherche aussi à être le député de Saint-Boniface. Pour la deuxième fois consécutive, il est le candidat du Parti vert dans cette circonscription de Winnipeg. En 2006, M. Payette n'avait alors récolté que 3,85 % des votes. Enfin, Justin Grégoire, qui travaille dans le secteur de la vente, se présente sous la bannière du Parti de l'héritage chrétien.
| Circonscription | Parti | Candidat | Voix |
| Résultats 2006 Saint-Boniface |
Raymond Simard | 16 417 | |
| Ken Cooper | 14 893 | ||
| Mathieu Allard | 9 311 | ||
| Marc Payette | 1 640 | ||
| PHC | Jane MacDiarmid | 285 | |
| Résultats 2004 Saint-Boniface |
Raymond Simard | 17 989 | |
| Ken Cooper | 11 956 | ||
| Mathieu Allard | 6 954 | ||
| Daniel Backé | 925 | ||
| PHC | Jeannine Moquin-Perry | 378 |