Québec
Journaliste: Isabelle Maltais
À la dissolution de la Chambre des communes, le Bloc québécois détenait 48 sièges sur les 75 que compte le Québec, comparativement à 11 pour les conservateurs. Les libéraux en avaient aussi 11, presque tous situés dans la région de Montréal, et le Nouveau Parti démocratique, 1 seul. En début de campagne, les conservateurs disaient vouloir doubler le nombre de circonscriptions qu'ils contrôlent dans la province. Les conservateurs jugent que plusieurs circonscriptions rurales de la Vallée du Saint-Laurent, aux mains du Bloc québécois, sont prenables.
Si aux premiers jours de la campagne, les attaques conservatrices visaient surtout les libéraux, elles ciblent maintenant clairement l’équipe de Gilles Duceppe. Le Parti conservateur a d’ailleurs lancé dans la province une vaste campagne publicitaire pour dénigrer le Bloc québécois. Les conservateurs affirment que le parti souverainiste a coûté plus de 350 millions de dollars depuis son arrivée à Ottawa, il y a 18 ans, et ce, sans résultat pour le Québec.
Si les percées conservatrices dans la région de Québec ont largement fait les manchettes, il ne faudrait pas oublier que le parti conservateur compte aussi deux commettants au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Les bleus convoitent maintenant la troisième et dernière circonscription de la région, Chicoutimi-Le Fjord. De leur côté, les bloquistes se concentrent sur la protection de leurs acquis.
La visite de Gilles Duceppe et de Stephen Harper à Saguenay, respectivement lors du 10e et du 11e jour de campagne électorale, laisse entendre que la lutte sera serrée dans cette circonscription. En reconnaissant lors de son passage au Saguenay qu’« il est tout à fait normal d’être nationaliste », Stephen Harper courtise directement la clientèle bloquiste. De la même manière, en tablant sur les revendications locales, le ministre du Travail, Jean-Pierre Blackburn, a réussi à obtenir l’appui de bons nombres d’élus, malgré ses compressions dans les subventions récurrentes aux organismes de développement économique régional.
Évidemment, l’économie est au coeur des enjeux auxquels doit faire face la région. La crise de l’industrie forestière et les importantes pertes d’emplois qui en ont découlé ont secoué bon nombre de petites communautés. La forte présence de l’industrie de l’aluminium dans la région génère aussi des préoccupations liées à la mondialisation et aux difficultés à financer de grands projets industriels.
Déjà, l’élection de Jean-Pierre Blackburn en 2006, que Stephen Harper disait « ministrable », en avait dit long sur le besoin des électeurs d’avoir une voix située près du pouvoir. Il semble que le Saguenay-Lac-Saint-Jean ait abandonné l’idéologie pour le pragmatisme. La possibilité de voir l’économie stimulée par des députés bien placés pourrait donc grandement y diriger la direction que prendra le vote.
Le paysage politique s’est d’ailleurs transformé en ce sens depuis le dernier scrutin. Jean-Pierre Blackburn dans Jonquière-Alma était alors le seul candidat conservateur à être élu député. Depuis, l’ex-maire de Roberval, Denis Lebel, a succédé au député démissionnaire Michel Gauthier lors d’une élection partielle en 2007. Ces circonscriptions étaient aux mains des bloquistes depuis 1993.
Chicoutimi-Le Fjord est représentée par un député bloquiste depuis 2004, mais l’ancien député André Harvey y a instauré une forte tradition bleue, ayant été à la tête de la circonscription pendant 12 ans sous les couleurs conservatrices.
Député de la circonscription depuis 2004, le bloquiste Robert Bouchard tentera de se faire réélire pour une troisième fois. M. Bouchard a défait deux fois le candidat libéral André Harvey, entre autres lors de la dernière élection grâce à un vote conservateur et libéral divisé. M. Bouchard se concentre sur une campagne de terrain. Il a d’ailleurs acquis la réputation d’être un député proche de ses électeurs.
Ex-candidat libéral aux élections provinciales de 2003, Jean-Guy Maltais sera celui qui tâchera de faire passer Chicoutimi-Le Fjord d’allégeance bloquiste à conservatrice. Jean-Guy Maltais fait miroiter aux électeurs depuis le début de la campagne l'importance d'élire un député qui sera en mesure d'obtenir l'appui du gouvernement pour réaliser des projets. M. Maltais a oeuvré pendant 40 ans dans le domaine des services financiers.
Candidat comme conseiller municipal à Saguenay en 2005, Marc Pettersen s’aventure pour la première fois en politique fédérale. Bien qu’il ait siégé au bureau de direction du Parti libéral du Québec de 2003 à 2005, il ne fait pas l’unanimité au sein du parti. Juste avant le déclenchement des élections fédérales, M. Pettersen s’est même vu désavoué par le président du Parti libéral dans la circonscription, Maxime Simard. M. Simard a entre autres déclaré que M. Pettersen avait de la difficulté à travailler en équipe et qu’il lançait des promesses qu'il serait incapable de tenir. Il s'est ensuite excusé et a dit regretter amèrement ses paroles.
Nouveau venu en politique, Stéphane Girard, 38 ans, est enseignant en histoire à la polyvalente de l'arrondissement de La Baie, à Saguenay. M. Girard succède à Éric Dubois, qui représentait le NPD en 2006 et 2004. En 2006, ce parti n’avait obtenu que 5 % des voix de la circonscription lors de l’élection.
Le Parti vert a présenté les candidats qui le représenteraient dans la région au 16e jour de la campagne. C'est un étudiant en plein air de l'Université du Québec à Chicoutimi, Jean-François Veilleux, qui fera campagne dans Chicoutimi-Le Fjord.
| Circonscription | Parti | Candidat | Voix |
| Résultats 2006 Chicoutimi-Le Fjord |
Robert Bouchard | 19 226 | |
| André Harvey | 14 581 | ||
| Alcide Boudreault | 12 350 | ||
| Éric Dubois | 2 571 | ||
| Résultats 2004 Chicoutimi-Le Fjord |
Robert Bouchard | 20 650 | |
| André Harvey | 14 581 | ||
| Alcide Boudreault | 2 385 | ||
| Éric Dubois | 1 699 |