Enjeux régionaux

Ontario


Journaliste: Pierre-Mathieu Tremblay

L’autoroute vers Ottawa

Contexte

L’Ontario enverra 106 députés à Ottawa le 14 octobre au soir, soit 34 % de toute la députation canadienne. Dans le contexte d’une lutte serrée, les résultats dans cette province détermineront la nature du prochain gouvernement.

En 2006, les libéraux de Paul Martin étaient parvenus à remporter la majorité des sièges en Ontario, soit 54 contre 40 pour le Parti conservateur du Canada (PCC). Le résultat pourrait bien être plus serré en 2008. La capacité des conservateurs à ravir ou non des circonscriptions dans cette province, malgré le peu d’attention qu’ils lui ont portée comparativement au Québec depuis 2006, fera la différence le jour du scrutin.

À quelques jours des élections, rien ne semble joué. Pourtant, deux semaines à peine avant le scrutin, Stephen Harper semblait intouchable, et le Nouveau Parti démocratique (NPD) se rapprochait des libéraux dans les intentions de vote. Depuis, deux événements ont totalement modifié la campagne.

Débat des chefs D’abord les débats. Il n’y a pas eu de K.-O. lors de ces débats, mais pour de nombreux téléspectateurs du Canada anglais, c’était la première occasion de voir et d’entendre Stéphane Dion. Jusqu’alors, le chef libéral s’était laissé définir par l’adversaire dans une série de publicités négatives lancées en rafales par les conservateurs dès le moment où il a pris la direction du Parti libéral (PLC). Or, sans éclipser ses adversaires lors du débat en anglais, M. Dion est néanmoins parvenu à présenter ses idées et à corriger certaines perceptions à son endroit. Les milliers de dollars injectés par les conservateurs en publicités négatives depuis 2007 ont donc bien involontairement contribué à ce que Dion surprenne les téléspectateurs au débat.

Cependant, la répercussion de la crise financière américaine sur la psyché des électeurs est indéniablement le facteur qui influence le plus le vote ontarien.

Enjeux

L’économie de la province traverse des moments difficiles, les mises à pied se multiplient dans le secteur manufacturier et le premier ministre ontarien Dalton McGuinty tente d’obtenir plus d’argent en transferts fédéraux d’Ottawa. Visiblement, la réponse de M. Harper, qui a tenté de projeter une image rassurante du dirigeant calme affrontant la tempête, n’a pas convaincu plusieurs électeurs. De plus, son mutisme par rapport aux demandes de M. McGuinty a été mal perçu.

L’annonce d’aide au secteur automobile sous forme de prêts remboursables moins d’une semaine avant le déclenchement des élections a été accueillie avec scepticisme après deux années de non-interventionnisme. Il faudra voir si la promesse d’injecter annuellement 400 millions de dollars dans des fonds pour l'industrie aérospatiale, la défense et le secteur automobile, formulée lors du dévoilement de la plateforme une semaine avant le scrutin, sera mieux accueillie.

Les indices boursiers de wall Street Toutefois, les intentions de vote pour le PCC semblent suivre les cours à la baisse du TSX, et les attaques des adversaires de M. Harper ont porté.

Même si la lutte s’est incontestablement resserrée en fin de campagne, ce sont les circonscriptions détenues par les libéraux qui présentent les luttes les plus serrées. Dans la banlieue de Toronto, les conservateurs pourraient faire des gains au détriment du PLC. Dans le Nord, c’est le NPD qui pourrait ravir au PLC plusieurs sièges.


Trois facteurs pourraient encore chambouler les résultats du 14 octobre :

  1. Il faudra voir si le concept du vote stratégique sera appliqué par un nombre suffisant d’électeurs pour influer sur les résultats en Ontario.
  2. Si le NPD et le Parti vert du Canada (PVC) parviennent à garder les intentions de vote que leur prêtent les sondages, la division du vote pourrait favoriser le PCC dans plusieurs circonscriptions. Au moment du vote, les électeurs favorables au NPD et au PVC pourraient, comme aux élections précédentes, pencher en faveur du PLC.
  3. Dans le contexte de luttes serrées, la capacité des partis à inciter les électeurs à voter sera également déterminante.

Les inconnues du 14 octobre

Les inconnues du 14 octobre

Pour les conservateurs, l’enjeu est important: ils doivent obtenir 28 sièges de plus qu’ils n’en avaient lorsqu’ils ont déclenché les élections pour former un gouvernement majoritaire. Ils peuvent espérer faire quelques gains dans l’Ouest et en Atlantique, mais c’est en Ontario qu’ils doivent faire une percée pour y parvenir. À la mi-campagne, l’objectif paraissait atteignable, mais à quelques jours du scrutin, le défi paraît presque insurmontable. Les libéraux pourraient perdre un certain nombre de circonscriptions. Le NPD est en position de réaliser une demi-douzaine de gains.

905 mon amour

Compte tenu de la volatilité de l’électorat dans les circonscriptions de la banlieue de Toronto, il n’est pas surprenant de voir les chefs libéral et conservateur y courtiser ardemment les électeurs, au point de donner l’impression d’y avoir une résidence secondaire, tant ils ont visité la région au cours de la campagne. Si la majorité des sièges de la région est détenue par les libéraux, les électeurs du 905 sont sensibles aux promesses conservatrices visant la classe moyenne aisée. La campagne nationale modeste des libéraux est un autre facteur pour expliquer que certains des députés libéraux sortants, qui avaient gagné par de faibles majorités en 2006, soient en position précaire. Il semble réaliste d’imaginer que la région sera moins rouge qu’elle ne l’est actuellement sur les cartes que présenteront les grands quotidiens le 15 octobre au matin.

À surveiller: Ajax-Pickering, Brampton-Ouest, Mississauga-Sud

Balade à Toronto

La lutte à Toronto sera quant à elle d’une tout autre nature. Dans la Ville Reine, c’est le NPD qui menace certains sièges libéraux. L’ancienne députée néodémocrate provinciale Marilyn Churley, par exemple, est au cœur d’une lutte serrée avec la libérale Maria Minna dans Beaches-East York. Quant au libéral Gerard Kennedy, il semble que l’ancien candidat à la direction du PLC puisse mordre la poussière dans Parkdale-High Park face à la députée sortante Peggy Nash. Les électeurs de la circonscription n’auraient pas oublié que l’appui de Kennedy fut déterminant pour porter Stéphane Dion à la tête des libéraux. Il faudra surveiller la division des votes entre les deux partis, qui pourrait peut-être avantager un candidat conservateur.

À surveiller: Parkdale-Highpark, Beaches-East York, Halton et Oakville

La voix du Nord

Le territoire est immense, mais peu peuplé: 500 000 personnes réparties dans un immense territoire. Si le Nord de l’Ontario était situé en Europe, il serait le plus grand pays du continent. Autrefois très libéral, un changement régional semble toutefois s’opérer dans les 11 circonscriptions. Le Nord est moins monolithique qu’autrefois. Tous les sièges détenus par des libéraux font l’objet de chaudes luttes. Le NPD monte en force dans les deux circonscriptions de Thunder Bay, dans Nickel Belt et dans Algoma-Manitoulin-Kapuskasing. Même dans la circonscription de Sudbury, qui a toujours envoyé des libéraux à Ottawa lors des élections générales, la députée sortante Diane Marleau n’est pas assurée d’une réélection face au néodémocrate Glenn Thibault. Une montée des conservateurs est également constatée dans Nipissing-Timiskaming et dans Kenora, deux circonscriptions où les résultats pourraient être serrés.

À surveiller: Nickel Belt, Thunder Bay-Superior-Nord, Thunder Bay-Rainy River, Kenora, Algoma-Manitoulin-Kapuskasing, Nipissing-Timiskaming et Sudbury

Passer à l’Est

Les batailles dans l’Est sont moins serrées. Les neuf députés sortants conservateurs et le néodémocrate semblent en bonne position, tout comme deux des trois libéraux. Mais dans Ottawa-Sud, l’issue de la bataille entre le libéral David McGuinty et le conservateur Elie Salibi est incertaine.

À surveiller: Ottawa-Sud

À la mode de London

La région de London, dans le Sud-Ouest, est également le lieu de luttes intéressantes. Ainsi, dans London-Ouest, la libérale Sue Barnes affronte le conservateur Ed Holder. La lutte avait été serrée en 2006, il faudra donc voir si la popularité personnelle de Mme Barnes sera suffisante pour lui permettre de conserver le siège. Avec la montée du vote conservateur dans la province, il est fort possible que ce soit les partisans néodémocrates, dont le candidat a peu de chance d’être élu, qui détermineront qui représentera la circonscription aux Communes. Dans London-Fanshaw, détenue par le NPD, les trois principaux partis se livrent également une chaude lutte.

À surveiller: London-Fanshaw et London-Ouest



Portraits de circonscriptions ontariennes

Circonscription exemplaire: Thunder Bay–Superior-Nord

L’économie préoccupe grandement les électeurs de cette circonscription urbaine en région éloignée. Thunder Bay doit conjuguer avec des fermetures de scieries, son important port décline, l’usine de Bombardier est à la merci des contrats, ce qui, dans une situation économique difficile, demeure inquiétant pour les employés.

Le député libéral Joe Comuzzi a remporté la circonscription pour une sixième fois en 2006, mais par une faible majorité de 400 voix. Expulsé du caucus libéral en raison de son appui au budget conservateur de 2006, M. Comuzzi a ensuite traversé la Chambre pour siéger dans le gouvernement. Il ne se représente pas cette année, ce qui permet de croire que la lutte serrée de 2006 pourrait être une lutte très serrée en 2008.

Parti libéral

Parti libéral du Canada Les libéraux comptent sur Don McCarthur pour reprendre la circonscription. Propriétaire d’une entreprise familiale depuis 1989, M. McCarthur a également été conseiller municipal et maire de Schreiber entre 2003 et 2006. Il réside à Terrace Bay.

Nouveau Parti démocratique

NPD Bruce Hyer, écologiste et biologiste, a travaillé dans l’industrie forestière et possède une entreprise d’écotourisme. Deuxième en 2006 et en 2004, il pourrait profiter du départ de Joe Comuzzi pour s’imposer. Son chef, Jack Layton, lui a rendu visite, et la campagne nationale du NPD, sans doute la plus constante des trois principaux partis, ne nuira pas aux chances de M. Hyer.

Parti conservateur

Logo du Parti conservateur du Canada La candidate conservatrice, Bev Sarafin, peut être considérée comme une progressiste. Elle a été directrice de la bibliothèque de Bracebridge et a écrit pour l’hebdomadaire de Geraldton-Longlac. Elle se présente comme une défenseure d’un meilleur financement en éducation, du recrutement et du maintien en poste des médecins dans la région, et elle veut promouvoir des pratiques responsables dans l’industrie forestière. Mme Sarafin habite la région depuis 1991 et a été candidate pour le PCC en 2004 et 2006.

Les autres candidats

Deux autres candidats briguent également les suffrages dans Thunder Bay-Supérieur Nord. Il s’agit de Brendan Daniel Hughes (Parti vert), qui travaille à l’Université Lakehead, et de Denis Andrew Carriere (Parti marijuana), un employé de Neenah Papers.


Equipe
© Société Radio-Canada. Tous droits réservés.