Mise à jour le mercredi 1 octobre 2008 à 23 h 47

Économie

Deux visions s'affrontent

Stephen Harper est la cible d'attaques sur l'économie

Photo: La Presse Canadienne /Tom Hanson

Stephen Harper est la cible d'attaques sur l'économie

Crise américaine oblige, l'économie a tenu le haut du pavé du débat des chefs, comme elle le fait dans la campagne électorale.

Dès les premières minutes, les cinq chefs ont campé sur leurs positions, répétant essentiellement les projets et les attaques évoqués en campagne, Stéphane Dion, Jack Layton, Gilles Duceppe et Elizabeth May reprochant à Stephen Harper de ne pas avoir su prévoir la crise ni avoir les armes pour la gérer.

Les chefs ont répondu à trois questions économiques. M. Harper assure que la décision prise par son gouvernement de réduire les impôts constitue la bonne solution. Il souligne que le Canada dégage des surplus économiques et ajoute que l'économie canadienne est plus solide que celle des États-Unis. Selon lui, 800 000 emplois ont été créés au Canada depuis l'arrivée de son parti au pouvoir. Il considère aussi avoir investi dans les secteurs manufacturier, forestier et automobile.

Le défi est de rester sur la bonne voie: s'assurer de baisser nos taxes et nos impôts. — Stephen Harper

Il a, au passage, rejeté l'idée d'instaurer une nouvelle taxe, ce qui détruirait l'économie, selon lui.

Le rôle de l'État

Les chefs des autres partis lui ont tous reproché le laisser-faire économique. Stéphane Dion affirme détenir un plan. Il veut notamment consulter les agences de réglementation, afin d'obtenir leurs recommandations pour protéger l'épargne dans les 30 jours suivant le vote. Il envisage aussi de consulter des institutions économiques indépendantes, afin d'évaluer la situation et d'adopter un énoncé de mesures fiscales pour stimuler l'emploi et l'économie.

M. Dion estime que le gouvernement conservateur a hérité d'une situation économique enviable, mais qu'il l'a affaiblie. Il a déclaré que le Canada avait la croissance économique la plus faible du G8 et que la productivité était en baisse - propos qu'il avait déjà tenu en campagne.

Vous [M. Harper] ne croyez pas au rôle du gouvernement dans l'économie. — Stéphane Dion

Jack Layton soutient, de son côté, que le gouvernement Harper a baissé les taxes des pétrolières. Il estime que M. Harper propose des politiques identiques à son homologue américain, George W. Bush, et prône une meilleure réglementation du secteur financier.

Les réductions d'impôt pour les pétrolières et les banques ne sont pas bonnes pour le Canada. — Jack Layton

Elizabeth May, du Parti vert, estime que « les fondements de l'économie sont plus faibles à cause de M. Harper » et que ses décisions ont fait mal au secteur manufacturier.

On doit faire un changement économique plus vert, plus durable et plus prudent. — Elizabeth May

Enfin, Gilles Duceppe croit que le premier ministre sortant « est en rupture avec le Québec ». Il reproche (une nouvelle fois) à son adversaire d'avoir favorisé les pétrolières au détriment du secteur manufacturier du Québec.

Deux visions s'affrontent: celle de M. Harper et celle du Québec. — Gilles Duceppe

Un contexte exceptionnel

Mardi, à la demande des conservateurs, le consortium des médias avait accepté de modifier la formule pour permettre aux chefs de débattre plus longuement la question de l'économie. Pour ce faire, les déclarations d'ouverture et de fermeture sont éliminées (détails).

Durant la campagne, les conservateurs ont été la cible des critiques des autres partis. Stéphane Dion a accusé M. Harper d'être mal préparé à faire face à d'éventuelles répercussions de la crise financière aux États-Unis. « Stephen Harper n'a pas de plan, il n'a pas de vision, il est complètement éparpillé », a déclaré M. Dion.

« Aux États-Unis, après huit années de mauvaise gestion de la droite, George W. Bush lance un plan de redressement de 700 milliards de dollars. C'est la même approche que Stephen Harper propose aux Canadiens », soutient le chef des libéraux.

Jack Layton

Jack Layton

Jack Layton a aussi visé le Parti conservateur dans ses critiques. « Notre parti est celui de la défense des consommateurs », a déclaré M. Layton, dénonçant un gouvernement qui se dit impuissant face à ces questions, et qui selon lui ne veille qu'aux intérêts des grandes compagnies.

La classe moyenne, elle aussi, est pressée comme un citron à cause du laisser-faire du gouvernement. — Jack Layton
Gilles Duceppe

Gilles Duceppe attaque l'approche Harper

Des propos qui font écho à ceux du Bloc québécois, qui mentionne dans son programme que « la dernière chose dont le Québec ait besoin, c'est une politique de laisser-faire ».

Une situation différente des États-Unis, selon Stephen Harper

Stephen Harper estime que les indicateurs fondamentaux de l'économie canadienne sont solides.

Une étude de Merrill Lynch soutient que tous les ingrédients d'une crise sont réunis et que la chute du marché de l'habitation et de celui du crédit n'est qu'une question de temps. Le premier ministre sortant a réfuté cette vision.

Je n'accepte pas cette conclusion, pas du tout. Nous avons vu [...] un marché de construction beaucoup plus fort au Canada qu'aux États-Unis. Nous n'avons pas du tout la même situation avec les hypothèques. — Stephen Harper

M. Harper concède que le marché a connu quelques ratés, mais soutient que la situation au Canada n'est pas comparable avec celle qui existe aux États-Unis. La consommation est plus soutenue au pays et, contrairement aux banques américaines, les banques du pays ont évité le piège des hypothèques à très haut risque, a-t-il ajouté.

Réagissant aux propos de Stéphane Dion, le chef conservateur lui a reproché d'adopter « l'un des comportements les plus irresponsables [...] jamais vus de la part d'un chef politique canadien ». Stephen Harper l'a également accusé « d'essayer de faire baisser la confiance en l'économie canadienne sans fondement et bien honnêtement se placer en retrait et pratiquement souhaiter qu'il y ait une récession ». Stéphane Dion est revenu sur ces déclarations lors du débat sur le leadership et la gouvernance.

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