Mise à jour le mardi 23 septembre 2008 à 8 h 12

Parti conservateur

Pas de quartier pour les jeunes criminels

Jack Layton

Photo: La Presse Canadienne /Jonathan Hayward

Jack Layton

Le chef conservateur veut intensifier la lutte contre la criminalité chez les jeunes. Lundi, à Ottawa, Stephen Harper a déclaré qu'un nouveau gouvernement conservateur remplacerait l'actuelle loi sur les jeunes contrevenants par une loi plus sévère.

Ainsi, tout jeune de 14 ans ou plus reconnu coupable d'un crime grave, comme le meurtre ou l'agression sexuelle, serait passible d'une peine plus lourde. Cela pourrait aller jusqu'à la prison à vie en cas de meurtre. Aussi, M. Harper veut que le nom des jeunes de 14 ans ou plus reconnus coupables d'un crime violent ne soit plus protégé et qu'il soit rendu public.

Stephen Harper a précisé que l'âge pour être considéré comme jeune contrevenant pourrait varier, car il revient à chaque province de le déterminer. Au Québec, la législation en vigueur ferait en sorte que cette loi s'appliquerait aux jeunes de 16 ans et plus.

Le chef conservateur a aussi indiqué qu'il augmentera à 10 millions de dollars par année les programmes de prévention de la criminalité chez les jeunes et de réhabilitation des jeunes contrevenants. Selon M. Harper, il est inacceptable que de nombreux jeunes contrevenants ne soient toujours pas réhabilités. Mais il ajoute qu'un jeune ne peut être réhabilité s'il n'est pas conscient des conséquences graves de ses actes.

Stephen Harper

« Le gouvernement conservateur croit à la prévention et à la réadaptation des [jeunes] contrevenants. Mais on croit aussi qu'il faut les tenir responsables de leurs actes et dissuader les autres de commettre des actes criminels », a-t-il indiqué.

Le fait que ces contrevenants soient jeunes ne veut pas dire qu'ils ne comprennent pas pleinement les conséquences de leurs actes, et le mal qu'ils infligent à leurs victimes et à la société est réel. Les jeunes contrevenants doivent être tenus responsables de leur comportement, responsables devant leurs victimes et la communauté, et réadaptés avant de sombrer dans la criminalité de façon permanente, peut-on lire dans le communiqué officiel publié sur le site du Parti conservateur.

« Je dois être très clair à propos de ça: je peux ressentir terriblement de sympathie envers ces personnes, mais lorsque quelqu'un assassine, viole, bat ou tue, rien de tout ça n'excuse ce genre de comportement. » — Stephen Harper

Stephen Harper a déjà indiqué que de telles questions touchant la répression du crime pourraient faire l'objet d'un vote de confiance à la Chambre des communes.

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Vive réaction du Bloc

Un chef indigné

En campagne à Montréal

Le chef du Bloc québécois, informé de cette annonce, a exprimé avec véhémence son opposition. Indigné, il a déclaré, lors d'un point de presse à Montréal:

« L'université du crime, pour un enfant de 14 ans, cela s'appelle la prison, mettez-le là, vous êtes sûr qu'il va sortir comme un criminel endurci. Ça n'a pas de bon sens! » — Gilles Duceppe

La vision Harper de la répression du crime va, selon lui, à l'encontre des valeurs québécoises.

Deux visions opposées, selon Stéphane Dion

Le chef libéral Stéphane Dion, qui présentait son programme politique lundi, a indiqué que tout opposait les deux partis (conservateur et libéral) en matière de justice et de prévention du crime. Selon lui, les conservateurs veulent importer au Canada des méthodes qui ont échoué aux États-Unis, et ce, sans s'attaquer, comme veut le faire son parti, aux racines du mal, soit la pauvreté.

« Il [Stephen Harper] essaie de se donner un verni d'homme modéré, mais un moment donné, on voit que ça perce. Et ça ne marche pas, c'est des politiques simplistes qui ne marchent pas. » — Stéphane Dion

Lisez aussi notre article Les conservateurs ont la confiance de Pierre-Hugues Boisvenu, dans lequel nous présentons certains éléments des programmes des partis en matière de criminalité.

Rejet au Québec

Au Québec, les intentions de Stephen Harper de punir plus sévèrement les jeunes contrevenants suscitent d'énormes inquiétudes.

La réforme proposée par le Parti conservateur est jugée contraire à la philosophie québécoise basée sur la réhabilitation plutôt que la répression. Une recette gagnante selon plusieurs experts avec des taux de criminalité moins élevés au Québec qu'ailleurs au Canada.

Daniel Coté, de la Direction de la protection de la jeunesse, dénonce ce plan. « C'est inacceptable, parce que les adolescents sont en développement, ont des besoins particuliers qui doivent être soutenus dans une démarche de réadaptation au-delà d'une sanction pénale », dit-il.

Le Barreau du Québec est du même avis et déplore aussi l'intention d'abolir le droit à l'anonymat. « Rendre public le nom d'un jeune adolescent, c'est le stigmatiser pour toujours », affirme le bâtonnier du Québec Gérald R. Tremblay.

En 2003, quand Ottawa a révisé la loi sur les jeunes contrevenants, le Québec a pu se soustraire à l'obligation d'imposer une peine pour adulte aux jeunes de moins de 16 ans. Mais, selon la DPJ, une telle exception serait impossible avec la réforme annoncée par les conservateurs, car on s'attaquerait ainsi aux grands principes de la loi.

En perspective

En 2006, la criminalité a atteint son niveau le plus bas au Canada depuis 25 ans malgré la stabilité du taux de crimes violents, selon Statistique Canada. Le taux global de criminalité a baissé de 3 % par rapport à 2005.

Le taux de criminalité a reculé dans l'ensemble des provinces et des territoires en 2006. La baisse la plus importante a été enregistrée à l'Île-du-Prince-Édouard (-11 %).

Malgré un repli de 4 %, la Saskatchewan est la province qui a affiché le taux global de criminalité le plus élevé pour une neuvième année consécutive. L'Ontario, le Québec et Terre-Neuve-et-Labrador ont enregistré les taux les plus faibles, poursuivant une tendance amorcée en 1999.

La criminalité chez les jeunes

Le taux de criminalité chez les jeunes a augmenté de 3 % en 2006, une première hausse depuis 2003. À l'exception du Québec, qui a enregistré une baisse de 4 %, la criminalité chez les jeunes a augmenté dans toutes les provinces.

En 2006, 84 jeunes ont été inculpés d'homicide, impliquant 54 victimes. Ce qui a donné le plus fort taux de jeunes inculpés d'homicide depuis 1961, l'année où les données ont été recueillies pour la première fois.

Le taux de criminalité chez les jeunes comprend tous les jeunes de 12 à 17 ans inculpés pour avoir commis un crime, qu'ils soient officiellement inculpés par la police ou qu'ils fassent l'objet d'une autre mesure, telle qu'un avertissement, une mise en garde ou le renvoi à un programme de déjudiciarisation.


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